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Fais-moi les poches ! - Page 5

  • Papilles et lecture

    41j8TubjH5L._SX304_BO1,204,203,200_.jpgLe dîner, d'Herman Koch, se déroule aux Pays Bas. Dans ce "grand" restaurant, bonnes manières riment avec bonne chère, et la retenue n'a d'égale que l'élégance. Ca, c'est pour le cadre, la petite musique de fond. Car c'est de violence et d'amoralité dont parle ce roman, dont l'originalité est de tisser ses pages autour d'une seule unité de temps, ce fameux dîner. Deux frères, qui ont reçu une bonne éducation et évoluent dans les sphères privilégiées d'un pays développé, ont élevé leurs enfants, devenus adolescents. Un jour pourtant, les rouages se grippent, avec une brutalité inouïe. Les fils vont commettre un acte haineux, honteux, scandaleux, incroyable. Quelles réactions vont adopter leurs parents ? Où se place, au bout du compte, le curseur de la morale quand on tient à sauver sa peau, sa famille, les apparences ? Plus on approche du dessert et plus l'auteur nous bluffe. Herman Koch souffle le chaud et le froid sur ses lecteurs en les tenant en haleine et en les amenant où ils ne veulent sans doute pas aller : de l'autre côté de la bienséance.

     

    41XLXdV2+1L._.jpgEn découvrant les premières lignes de La singulière tristesse du gâteau au citron, de l'Américaine Aimee Bender, on se dit que tous les ingrédients romanesques classiques sont là : une vie de famille à Los Angeles, avec père, mère, garçon et fille. Une mère un peu triste, un père un peu distant, un grand frère un peu différent, et une jeune fille narratrice, Rose, qui s'accommode de tout ça. Mais un jour, en croquant à pleines dents dans le gâteau au citron avec nappage chocolat que lui a préparé sa mère, toutes les données vont se décaler, permuter, changer de sens. Rose ressent, en mangeant ce gâteau, l'état d'esprit qu'avait sa mère au moment de le concocter. Bien pratique, me direz-vous, mais on n'entre pas sans risque dans le coeur des autres. Les touches discrètes et successives d'informations étranges font adhérer le lecteur, en douceur, à une idée un peu folle... fantastique.

     

    petites infamies.jpgUn petit tour en Espagne pour finir, avec Petites infamies, de Carmen Posadas, un roman à l'ambiance résolument inspirée d'Agatha Christie. Néstor Chaffino, traiteur de renom, est retrouvé congelé dans une chambre froide. Le huis-clos se resserre sur les invités de la soirée, qui auraient tous eu une bonne raison de refroidir le chef. Suspense et cynisme au menu.

    Le dîner, Herman Koch. Editions 10/18. 355 p. 8, 10 €

    Petites infamies, Carmen Posadas. Points. 303 p. 7, 30 €

    La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimee Bender. Points. 330 p. 7, 30 €

     

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  • Expo 58, Jonathan Coe

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    Jonathan Coe délocalise un de ses romans ! Nous quittons cette fois la Grande-Bretagne pour pointer le bout de notre nez à Bruxelles, en 1958. Nous admirons avec les personnages le tout neuf Atomium, conçu pour l'Exposition Universelle et symbole ultime de la modernité. Car c'est bien de modernité dont il est question lors de cette expo, où chaque pays a à coeur de se montrer en avance sur son voisin. En pleine guerre froide, les Soviétiques s'amusent des retards technologiques des représentants de l'ouest.

    Mais le temps d'une expo, Bruxelles est une vraie tour de Babel, où la géopolitique cède sa place aux amitiés internationales. A moins que ce ne soit une façon idyllique de voir les choses. Car les services secrets britanniques sont bien présents, à l'affût derrière le moindre bosquet avec un burlesque détonnant, les soviétiques sont dans les intrigues d'espionnage, certains personnages disparaissent subitement. Et pendant ce temps-là, Thomas Foley, le responsable du pavillon britannique, découvre une vie festive très éloignée de la morosité de sa routine londonienne. Une fois éloignée l'idée de construire un pavillon sur "une histoire des WC en Angleterre", le Foreign Office lui a confié la responsabilité d'un pub -symbole plus sémillant de l'identité britannique- le Britannia, qui rencontrera un franc succès.

    Questionnements sur le couple, la maturité, la modernité, la confrontation entre les cultures, parodie de roman d'espionnage avec des agents secrets un peu Dupond et Dupont, Expo 58 est un roman hétéroclite, auquel l'écriture caustique de Jonathan Coe apporte cette petite touche indéfinissable.

    Expo 58, Jonathan Coe (Grande-Bretagne). Folio. 358 p. 8 €

    Catégories : Littérature Britannique 0 commentaire
  • Le dernier gardien d'Ellis Island, Gaëlle Josse

    ellis island, migrationQuand, il y a quelques années, Gaëlle Josse a arpenté les couloirs d'Ellis Island, elle a été happée par les regards qui habitaient les murs. Ces regards de migrants, photographiés au cours des années dans cette antichambre de la vie américaine, du possible futur en terre de liberté et de prospérité. Car avant de devenir -peut-être- un Américain libre, il fallait subir l'expectative, l'humiliation du "tri", l'isolement, le déracinement sur cet îlot.

    Nous sommes en 1954, et la fermeture du centre est programmée dans quelques jours. John Mitchell est le dernier responsable du site, et avant d'en rendre les clés, il s'impose un bilan. S'y rencontrent des ombres errantes, des amours, des regrets, la domination des rapports humains.

    Nul doute que le lieu campe un véritable personnage dans ce roman d'ambiance.

    Le dernier gardien d'Ellis Island, Gaëlle Josse (France). Le livre de poche. 6 €

    A découvrir aussi, du même auteur : Nos vies désaccordées ; Noces de neige.

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman, Kerry Hudson

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    Allez hop, direction l'Ecosse, Aberdeen plus précisément. Ce sont les années 80, et une petite fille pointe son nez dans une famille modeste. Enfin, elle pointe son nez de façon imprévue, après la rencontre de sa mère avec un bel Américain évaporé après une escapade londonnienne qui a fait pschitt. Retour dans le nord pour la jeune mère, célibataire, sans emploi et aux prises avec une famille pour le moins pesante. La grand-mère ne vit que pour ses séances de bingo, Tonton Frankie tente de faire plaisir mais est abonné aux plans foireux. Ca picole, beaucoup, ça fume, toujours (mais nous sommes dans les années 80 après tout), et l'ambiance est huileuse en cuisine.

    L'originalité de ce roman de type autobiographique tient dans le fait que le récit à la première personne commence dès la naissance. Le bébé surveille, perçoit les gestes maladroits. Il apprend très tôt aussi à déceler les signes annonciateurs de la violence, du désespoir. Certes, le décor est sombre, la banlieue sordide, mais -apanage du regard enfantin ?- le recul et l'humour parviennent toujours à prendre leur place. La relation mère-fille évolue, au gré des rencontres plus ou moins malheureuses de la mère. Cette relation explose, expose, protège, dissimule, déçoit, rassure.

    Ce roman résolument social dépeint une époque, des lieux, des relations tout sauf rose-bonbon sans jamais atteindre le désespoir. C'est raconté comme un conte, avec beaucoup de fraîcheur.

    Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer ma maman, Kerry Hudson

    (Grande-Bretagne). 10/18. 

    336 pages. 8, 10 €

    Catégories : Littérature Britannique 4 commentaires
  • Tout doit disparaître !

    Janvier, les soldes. Scènes d'euphorie collective irrationnelle ou achats mûrement réfléchis, difficile d'échapper à la tentation des bonnes affaires. L'univers commercial n'échappe pas à l'observation par les écrivains. Voici trois idées de lecture de saison. (Mais inutile de s'alarmer pour vos achats de bons romans : le prix du livre est fixe en France, invariable selon les points de vente et les époques de l'année !)

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    Catégories : Littérature Française, Textes 2 commentaires
  • Mudwoman, Joyce Carol Oates

    mudwoman.jpgMudwoman est son surnom. La femme de la boue. Retrouvée enfant, gisant dans un marécage des Adirondacks, Meredith Neukirchen a suivi contre toute attente un parcours brillant. Des cabanes en planches bancales, elle est passée aux somptueuses demeures de l'université américaine dont elle est devenue présidente. La première femme présidente d'une université prestigieuse.

    A l'occasion d'un déplacement professionnel, M. R Neukirchen, comme attirée irrésistiblement par le vide, redécouvre les lieux de son enfance. Avec eux les réminiscences d'une maltraitance sordide, nourrie de fanatisme religieux et de folie. Et la femme solide et austère qui préside une université va commencer à se fissurer, pas à pas, marche après marche.

    Ce roman de Joyce Carol Oates est mystérieux. Au détour des pages, on s'interroge : M.R cède-t-elle à la folie, revient-elle dans le chemin qui lui avait été tracé ? Questions sans réponse ferme qui entourent cette lecture d'une aura très particulière.

    Mudwoman, Joyce Carol Oates (USA). Points. 576 pages. 8, 40 €

    A lire également, du même auteur : Les chutes.

    Catégories : Littérature Américaine 0 commentaire
  • De la neige à Noël : lectures acides, familiales et poétiques

    Pour vous plonger dans l'ambiance de Noël, Fais-moi les poches ! a sélectionné pour vous quelques lectures enneigées qui feront leur effet au pied du sapin.

    cyanure.jpgAmateurs de féérie de Noël et de grandes tablées familiales conviviales et sans arrière pensée, passez votre chemin. On a beau chercher dans la littérature, l'évocation des fêtes de fin d'année s'accompagne la plupart du temps de situations au mieux « nerveuses », au pire apocalyptiques. Pas de repos pour les braves enquêteurs suédois, par exemple. Dans Cyanure, la reine du polar Camilla Läckberg envoie son policier Martin Molin passer le réveillon dans sa belle famille, sur une île de la côte ouest. Evidemment, il fait froid, mais ajoutez à cela la tempête de neige, des révélations fracassantes et un empoisonnement, et voilà la perspective d'un Noël chaleureux avec boulettes de viande, chandails en jacquard et feu de bois crépitant qui s'éloigne à grands pas.

    003129474.jpgC'est dans le massif de la Vanoise que la Française Claudie Gallay plante le décor de Une part de ciel. Le roman réinvente le calendrier de l'avent, avec une attente, un compte à rebours, celui du retour d'un des piliers de la famille. Sera-t-il là pour Noël ? En attendant, pour Carole qui a quitté la montagne depuis longtemps, l'heure est aux concessions familiales. Les échanges sont cash entre frères et sœurs, les conflits larvés ne demandent qu'à ressortir à tout moment. Ce qui n'empêche pas une tendresse sincère de s'exprimer. Un véritable roman d'ambiance où la montagne en hiver incarne un personnage à elle seule.

     

    déneiger le ciel.jpgAndré Bucher, l'auteur de Déneiger le ciel, associe les paysages de montagne enneigée aux rêveries d'un homme mûr. David, 60 ans, est déneigeur dans une commune de la vallée du Jabron, dans les Alpes de Haute-Provence. Alors qu'il avance dans la neige hostile à la rencontre de son « fils de rechange » venu réveillonner avec lui, ses pensées, oniriques, poétiques, délirantes ou nostalgiques se succèdent, dans la lenteur et le contact perpétuel à la nature. En prise avec le passé, mais bien en accord avec le monde qui l'entoure, ce roman est tout en douceur.

    Cyanure, Camilla Läckberg. Babel. 155 pages. 7 €

    Une part de ciel, Claudie Gallay. Babel. 570 pages. 9, 90 €

    Déneiger le ciel, André Bucher, Sabine Wespieser poches. 145 pages. 8 €

     

     

     

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