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Littérature Française

  • La tresse, Laetitia Colombani

    femmes, combats

    Elles sont trois. A plusieurs fuseaux horaires de distance, trois femmes se battent pour elles et pour leurs proches. L'une, en Inde, veut scolariser sa fille pour enfin sortir du système des castes qui condamne sa famille, intouchable, à ramasser les excréments des autres. La deuxième en Sicile, va devoir reprendre l'entreprise familiale de perruques artisanales au moment le plus critique. Une troisième au Québec, avocate et femme d'influence, découvre en apprenant qu'elle est atteinte d'un cancer l'envers du décor dans lequel elle jouait jusqu'alors son rôle à la perfection. Les trois femmes sont reliées, mais elles l'ignorent, car le tout ne tient qu'à un cheveu. 

    Voilà une manière originale de percevoir la mondialisation que ce roman. Un monde connecté qui fait inconsciemment émerger une certaine convergence des luttes : celle des femmes pour bénéficier de la place qu'elles méritent dans un monde sans merci. La tresse est un roman de combats, auréolé de beaucoup de délicatesse.

    La tresse, Laetitia Colombani (France).

    Le livre de poche. 238 pages. 7, 20 €

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  • Un truc à finir, Benjamin Desmares

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    Une explosion de sensations puissantes et contradictoires : voilà ce que vous réserve la lecture d'Un truc à finir, signé Benjamin Desmares.

    On connaissait Benjamin Desmares pour ses romans-jeunesse, on le retrouve avec talent dans un univers pour adultes. Prenez un quadra au bout du rouleau, un inconnu en équilibre précaire sur un grillage, des petits gâteaux à la figue. Mettez notre quadra (Joseph) inopinément en route vers une jolie petite ville nommée Redon, et laissez infuser : aventure, humour, noirceur, épopée maritime et réalisme magique, vous ne saurez plus à quelle épice délicieuse de ce savoureux mélange vous venez de goûter ! Car Un truc à finir, c'est un cocktail qui pétille en bouche et qui ne se laisse enfermer dans aucune catégorie de roman déjà connue. Un roman susceptible de plaire à tous les lecteurs curieux, et avides de découvertes. Une expérience de lecture réjouissante !

    Trois bonnes raisons de lire Un truc à finir :

    Si vous avez lu Cornichon Jim, vous retrouverez dans Un truc à finir des aventures rocambolesques avec une pointe enfantine.

    Vous avez aimé vous laisser emporter dans un univers parallèle avec Une histoire de sable ? Vous accepterez d'être pris par la main aux limites du réalisme. Vous hésitez encore ? Alors c'est que vous avez un point commun avec Joseph, le héros, qui déclare : « Je trouve ça nul, continuai-je. Je veux dire, le fantastique, tout ça, très peu pour moi. Je ne supporte pas toutes ces histoires, les mômes qui ouvrent une porte au fond d'un placard et se retrouvent dans un monde merveilleux à gambader sur le dos des licornes. Je trouve ça d'un con ! Mais d'un con ! »

    Vous êtes hermétique à la mièvrerie et ne rechignez pas devant un peu de noirceur bien corsée ? Si Des poings dans le ventre vous a plu, vous aimerez aussi Un truc à finir et ses passages pour estomacs bien accrochés.

     

    Un truc à finir, Benjamin Desmares (France).

    Rouergue. 396 pages. 22 €

     

     

     

     

     

     

     

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  • Le jour d'avant, Sorj Chalandon

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    Le jour d'avant se situe dans le monde d'avant. Celui de la mine, de la quête du charbon qui nourrit toute une région et des coups de grisou. Ces années 70 qui voient descendre les derniers wagons, avant l'émergence d'une industrie moins salissante, moins dangereuse, moins nourricière aussi.

    Dans ce décor de fumées grises grandit le narrateur, dans une famille qui cultive la terre mais ne pénètre pas ses entrailles. Trop de drames avant eux. Dans l'admiration d'un frère aîné qui a bravé l'interdiction familiale de travailler à la mine, le jeune homme scrute avec envie cette communauté d'hommes aux rites établis et à la solidarité chevillée au corps.

    Mais un jour, finies les cavalcades en mobylette avec le grand frère. La mine, une fois encore, a exigé un sacrifice. Les années passant, le souvenir du frère aîné hante le narrateur, et l'idée de vengeance s'incruste dans ses pensées comme les poussières de charbon sur la peau et les poumons.

    Sorj Chalandon pointe juste comme toujours, et ménage le suspense jusqu'au bout de ce roman social, autant qu'affectif.

    Le jour d'avant, Sorj Chalandon (France). Grasset. 326 pages

    Du même auteur :  Retour à Killybegs, plongée dans l'histoire torturée de l'Irlande.

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  • La Rose dans le bus jaune, Eugène Ebodé

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    Il ne fait pas bon être noir à Montgomery, Alabama, en 1955, et le nom de Rosa Parks est là pour nous le rappeler. Elle a 42 ans, ce jour de décembre, quand elle refuse de céder sa place dans le bus à un homme blanc. Geste hautement politique dans les USA ségrégationnistes, démarche illégale qui mène tout droit au commissariat. Ce jour-là, Rosa Parks n'avait pas de plan, elle était simplement fatiguée. De sa journée, comme de ces lois iniques. Elle n'était pas la première à se montrer frondeuse. Mais cette fois-là, les choses vont prendre une ampleur inédite.

    Prenant les blancs là où ça fait mal, les militants pour les droits civiques, parmi lesquels on retrouve Martin Luther King, organisent un boycott des bus qui prend une ampleur considérable, au point de faire vaciller l'économie locale. Les noirs marchent, marchent, marchent. Par centaines, par milliers, des semaines durant. Et organisent leur propre système de transports en commun. Et tout cela n'a rien d'une contestation anodine, quand la fureur du Ku Klux Klan prend pour visage les pendaisons, les incendies volontaires, les colis piégés, les attentats à la voiture folle.

    Eugène Ebodé a choisi de faire de Rosa Parks la narratrice de sa propre histoire dans ce roman passionnant, où l'on lit les grandes dates et les décisions historiques, comme les doutes et les fragilités d'une femme militante d'une cause à la portée vertigineuse.

    La Rose dans le bus jaune, Eugène Ebodé (France). Folio.

    378 pages. 7, 70 €

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  • Retour à Killybegs, Sorj Chalandon

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    Lorsqu'ils sont douloureux, les parcours reviennent longtemps après hanter ceux qui les ont vécus. L'Irlande du 20ème siècle est toute entière une terre de douleur. Loyalistes, indépendantistes, terroristes, services secrets, attentats, exils, frontières, ségrégation, fatalisme, combat, grèves de la faim, révoltes de prisonnier, torture. Tous ces mots se mêlent pour former le destin de l'Irlande, scindée en deux pays, criblée de frontières, de trottoirs des uns en face des trottoirs des autres.

    C'est à travers le personnage de Tyrone Meehan que Sorj Chalandon nous offre le grand plongeon dans la tourmente irlandaise. Cet activiste de l'IRA qui, un jour, n'a eu d'autre choix que de trahir sa cause, et qui l'avoue publiquement une trentaine d'années plus tard, signant ainsi son arrêt de mort volontaire, bien après le dépôt des armes.

    C'est un conflit si frais que les faits paraissent totalement incroyables, et ces rappels de Sorj Chalandon, dont le parcours journalistique a suivi en détails le conflit irlandais, sont salutaires. Rappels d'une histoire riche et complexe, aux enjeux encore très vifs, et rappels de la difficulté de vivre en empruntant des chemins tracés d'avance dans un contexte torturé et sanglant.

    Retour à Killybegs, Sorj Chalandon (France). Le Livre de poche.

    332 pages. 7, 30 € 

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  • Un été, Vincent Almendros

    huis clos, famille, frères,

    La chaleur de l'été. L'exiguïté d'une cabine de voilier. L'oppression du huis-clos. Voici les trois premiers ingrédients de ce court roman, dans lequel le malaise du mal de mer laisse peu à peu sa place à un malaise relationnel plus insidieux, plus infiltrant encore. Il sont quatre à bord. Deux d'entre eux sont frères, les deux passagères leur compagne. Le long des côtes napolitaines, entre deux escales baignées de soleil, le narrateur se demande de plus en plus pourquoi il a accepté cette invitation, qui ne pouvait être qu'une mauvaise idée.

    Le quatrième ingrédient est le passé des personnages, d'au moins trois d'entre eux en tous cas, du point commun qu'ils partagent. Mais plus encore que ce passé qui ne reste pas mystérieux si longtemps, c'est l'avenir qui va déclencher l'intrigue. Un avenir imprévisible. Sauf pour ceux qui avaient tout planifié.

    Jusqu'aux dernières lignes, suspense absolu. Stupéfaction garantie à l'issue de la croisière relationnelle.

    Un été, Vincent Almendros (France). Editions de Minuit, collection double.

    95 pages. 6, 50 €

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  • Trois jours et une vie, Pierre Lemaitre

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    En décembre 1999, une tempête spectaculaire balaie la France. Quelques jours avant, à Beauval, qui pourrait être n'importe quelle petite ville de province, des événements tragiques se déroulent. Un petit garçon a disparu. Rémi est recherché partout, les soupçons s'installent et viennent se poser sur ceux qui ont des choses à cacher. Tout le monde s'épie, mais pendant ce temps-là, Rémi est toujours absent.

    Antoine, jeune adolescent, est le voisin de la victime. Il assiste d'une place privilégiée - à bien des égards- à tout ce remue-ménage. Les battues organisées pour retrouver l'enfant ne donnent pas les résultats escomptés. Et puis, la voilà, elle arrive, la tempête qui va noyer toutes les traces et aspirer toute l'énergie des habitants.

    Dix ans plus tard, Antoine revient à Beauval, qu'il a pourtant tout fait pour quitter. Il traîne avec lui un lourd secret, dont le poids l'étouffe parfois, par vagues destructrices et imprévisibles, mais avec lequel il parvient à vivre. Il a avancé, il s'est éloigné. Du moins le croit-il.

    Aucune page de ce roman ne laisse de repos. L'ambiance des petites villes, dans lesquelles la lutte des classes s'immisce dans les détails du quotidien, la culpabilité, la manipulation pour protéger ses proches, les yeux qui furètent à la recherche des fautes de l'autre, forment un cocktail qui semble prêt à exploser à tout moment. Un roman noir et amoral véritablement fascinant.

    Trois jours et une vie, Pierre Lemaitre (France). Le livre de poche. 311 pages. 7, 90 €

    Pierre Lemaître a reçu le Prix Goncourt en 2013 pour son roman Au revoir là-haut, adapté au cinéma par Albert Dupontel, sorti en salle le 25 octobre dernier.

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