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Fais-moi les poches !

  • Petit Pays, Gaël Faye

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    C'est un petit pays, enclavé entre le Rwanda, la Tanzanie et la République du Congo. Un petit pays qui s'appelle le Burundi. On y croise des noirs, des blancs expatriés, des hutus, des tutsis, des réfugiés rwandais, des enfants métis. C'est le cas de Gabriel, une dizaine d'année. Enfant d'une mère rwandaise, réfugiée au Burundi, et d'un père français. Né dans les années 70, il connaît une enfance plutôt insouciante, dans l'impasse où il vit, accompagné de ses bons copains, toujours en vadrouille, se régalant de mangues juteuses.

    Mais un jour, l'ambiance change dans le pays. Ce sont les toutes premières élections qui s'annoncent, et la population se mobilise en masse. Comment comprendre, avec des yeux d'enfant, que la vie paisible va s'arrêter là, que le génocide qui fait rage, déjà, au Rwanda, va contaminer son quotidien, anéantir l'innocence de son impasse, de son terrain de jeu, assassiner sa famille, faire perdre la raison à sa mère, imposer l'atrocité ?

    Petit Pays, c'est un récit d'enfance des plus classiques, empreint de nostalgie. A cela près que l'enfance disparaît devant la folie tueuse des hommes, la peur au quotidien et pour toujours. Petit Pays, c'est aussi une immersion dans cette période incompréhensible du génocide rwandais. Petit Pays, c'est enfin un texte d'une grande beauté. Les lycéens ne s'y sont pas trompés, en attribuant à Gaël Faye (par ailleurs auteur-compositeur de très grand talent) leur Prix Goncourt cette année.

    Petit Pays, Gaël Faye (France-Rwanda). Le livre de poche. 220 pages. 7, 10 €


     

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  • Trente ans et des poussières, Jay McInerney

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    Trente ans, le bel âge pour de jeunes loups de Manhattan. A la fin des années 80, Corinne et Russel symbolisent par leur couple la réussite made in New-York, entre Wall Street et les montages financiers du milieu de l'édition. Entre des journées de travail interminables, une représentation sociale permanente, une quête monétaire exponentielle, ils font vivre leur couple tant bien que mal, et se préoccupent des quelques amis qui ne font pas parmi de la nasse de prédateurs potentiels de leur entourage. Pour Russel, le meilleur moyen de ne pas se faire manger va être de devenir lui-même carnassier, tandis que Corinne devient de plus en plus perplexe sur ses activités de courtière en bourse. Autour d'eux, le caviar comme l'héroïne se consomment à la louche, et les visites dominicales aux camarades se font désormais parfois en centres de désintoxication.

    De cette Amérique des années 80, Jay McInerney livre un portrait très actuel et acide. Tellement actuel qu'on retrouve à deux reprises dans le roman (édité en 1992) le nom d'un sulfureux personnage devenu président des Etats-Unis fin 2016... Un portrait qu'il a composé sous forme de triptyque, avec La Belle Vie (2008) et Les jours enfuis (2017) pour conduire le lecteur jusqu'à l'Amérique du 11 septembre 2001.

    Trente ans et des poussières, Jay McInerney (USA). Points. 576 pages. 8, 50 €

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  • La chaise numéro 14, Fabienne Juhel

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    Comme des milliers de femmes, Maria subit en cet été 1945 l'humiliation publique : la tonte de la traîtresse qu'elle est supposée être, pour avoir entretenu une relation  avec un officier allemand. C'était la guerre, à Saint-Brieuc, et ce client régulier de l'auberge de son père est devenu son amant.

    Placée sur une chaise de bistrot -la chaise numéro 14- devant le restaurant familial, en proie aux insultes d'inconnus, mais aussi de ses voisins, de ses anciens camarades de classe et même d'un ancien amoureux dont les motivations sont troubles, elle subit les coups de ciseaux d'un coiffeur réquisitionné pour cette tâche qu'il ne ressent aucun plaisir à accomplir. Un autre dessine une croix gammée sur son crâne devenu chauve. Au sol, ses longs cheveux roux captent la lumière. Dans la foule captive, des soldats américains.

    Maria restera calme. Mais avec patience et obstination, elle fera changer de camp la honte, poursuivra ses agresseurs, démontrera de quel côté se situe l'indignité.

    Un roman historique plein de tension, où l'on rencontre Louis Guilloux en ambassadeur des valeurs humaines.

    La chaise numéro 14, Fabienne Juhel. Babel. 8, 50 € 

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  • En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

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    Pour un petit garçon, quelle fierté d'avoir des parents qui dansent devant les yeux émerveillés de l'assemblée, légers comme la plume, gracieux comme la fantaisie, au son de Mr. Bojangles de Nina Simone. Quel délice d'avoir pour école une maison pleine d'amis, de soirées folles et douces, de nuits sans fin. Une vie sans contrainte, en dehors de tous les codes, avec en seule ligne de mire le plaisir, l'amour familial, la joie, le rire.

    C'est dans ce décor onirique que nous emmène Olivier Bourdeaut, à la suite de ses personnages. La mère de famille, autour de laquelle la désorganisation s'enroule, porte chaque jour de l'année un nom différent, toujours superbe dans ses robes extravagantes. Le père se délecte de la folie si douce de sa femme en tenant le réel à distance, tandis que le petit garçon observe le monde avec des yeux pétillants.

    En attendant Bojangles, c'est un conte. On se berce dans son ambiance vivifiante, dans sa rêverie, accompagnés par la charmante narration du petit garçon. Même quand l'atmosphère, petit à petit, se modifie.

    En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut (France). Folio. 172 pages.

    6, 60 €


     

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  • La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel

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    Revoilà encore Tanguy Viel sur ce blog. Paris-Brest, Article 353 du code pénal, et maintenant La Disparition de Jim Sullivan. C'est qu'il est difficile de résister à son écriture, toujours teintée de distance espiègle. Ici, il nous fait le coup du roman américain, qui épuise tous les poncifs de la littérature et du cinéma US. Du Road-trip en vieille Dodge, au quinqua divorcé, posté en mode espionnage devant la maison de son ex-femme. 

    L'originalité du récit, c'est la présence constante de cet auteur mystérieux, qui passe son temps à jurer ses grands dieux qu'il ne va pas vraiment l'écrire, ce roman américain. Du moins, pas comme ça.

    Inutile de préciser que le processus de création du récit compte ici autant que le récit lui-même. Toujours cette distance propre à Tanguy Viel, ce tourbillon de la mise en abyme qui nous fait perdre notre chemin et qui marque l'empreinte de l'auteur.

    La Disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel (France). Minuit Double. 7 €

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  • Peine perdue, Olivier Adam

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    "Qu'en un lieu, en un jour, un seul fait accompli tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli". Ca, c'était Boileau, et c'était en 1674. Si la règle des trois unités va comme un gant à l'art dramatique, elle ne réussit pas trop mal à la littérature non plus. Olivier Adam a fait ce choix de l'intrigue resserrée dans le temps et dans la géographie. Avec non pas un seul fait, mais un fil rouge reliant les nombreux personnages : la tempête qui vient de provoquer de gros dégâts dans la station balnéaire de la Côte d'Azur sur laquelle s'ouvre le rideau rouge.

    Parce qu'il suffit de peu pour secouer tout un univers. Surtout quand les fondations en sont un peu fragiles. Une mauvaise météo, une mer qui s'agite, un portable qui ne passe plus et ce sont tous les repères qui se déplacent. Le vent forcit, mais Antoine décide d'aller travailler, même si c'est son jour de congé. Il prend de l'avance. Quand il aura son fils, il pourra l'emmener voir les dauphins. Alors repeindre des caravanes le dimanche, ça importe peu. Violemment agressé, il voit ses projets remis en cause. Autour de lui, une ruche s'agite. Des gens qui le connaissent, d'autres non. Avec ces intempéries, Antoine n'est pas le seul à occuper un lit d'hôpital.

    Chacun ici a un rôle : proches, voisins, personnel, simple témoin, touriste, parent inquiet. Certains le jouent dans le film qui entoure Antoine, d'autres sont simplement dans le même lieu, ou encore dans les coulisses, unis dans une même tension dramatique. 

    Peine perdue, Olivier Adam (France). J'ai lu. 409 pages. 7, 50 €

     

    Du même auteur : Les lisières

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  • La petite lumière, Antonio Moresco

    montagne, solitude, mort, fantastique, décor

    Isolé dans un village de montagne que la vie a quitté depuis longtemps, le narrateur vit au seul contact de la nature. Celle qui reprend ses droits quand les hommes s'en vont, celle qui loge dans les combles des maisons ou pousse entre les dalles de béton qui ne sont plus foulées. Une vie d'ascète, interrompue par quelques trajets à l'épicerie du village d'en bas. Il y a de la vie, encore là-bas. Ca n'empêche pas les chats de rôder partout dans cette épicerie qui pue l'urine animale.

    Au loin, chaque nuit, une petite lumière l'intrigue. Elle provient d'un endroit normalement inhabité. Elle est pourtant régulière, persistante. Dans sa solitude volontaire, il finit par l'attendre.

    En interrogeant les gens du village, il essaie d'en savoir plus. Cela le mènera à des rencontres étonnantes, mais infructueuses. Jusqu'au jour de la rencontre avec le petit garçon. Celui qui vit là-bas, tout seul, et qui allume la lumière tous les soirs parce qu'il a peur du noir.

    Dans un décor sauvage et intriguant, Antonio Moresco interroge dans cette fable délicate sur la vie et la mort, l'homme et la nature, le rationnel et le fantastique, l'isolement et les besoin des autres.

    La petite lumière, Antonio Moresco (Italie). Editions Verdier.

    128 pages. 14 €

    Catégories : Littérature Italienne 0 commentaire