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Fais-moi les poches !

  • La mémoire des embruns, Karen Viggers

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    Mary a une idée précise. En fin de vie, à bout de force, elle veut retourner sur l'île Bruny, en Tasmanie, faire revivre les souvenirs de sa vie passée. Mary était femme du gardien de phare. Chaque lieu de l'île est associé, pour elle, à des images précises.

    Si ses enfants ne sont pas chauds pour la laisser dans un endroit isolé alors qu'elle aurait besoin d'assistance médicale, elle trouve en la personne de Leon, jeune garde forestier, une aide matérielle et morale précieuse, même si les débuts de la relation sont on ne peut plus chaotiques. Tom est, de ses enfants, celui qui juge le moins la démarche de sa mère. Il faut dire qu'il a d'autres chats à fouetter, obsédé par le souvenir d'une saison de travail en Antarctique qui l'a transformé en fantôme solitaire à la sociabilité fragile.

    Roman des grands espaces, La mémoire des embruns dresse le portrait de plusieurs personnages secrets et riches.

    La mémoire des embruns, Karen Viggers (Australie). Le livre de poche. 568 pages. 8, 30 €.

    Catégories : Littérature Australienne 0 commentaire
  • La théorie de la tartine, Titiou Lecoq

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    On avait laissé Titiou Le coq avec ses Morues, il y a quelques années. Un savoureux premier roman doté d'une charmante désorganisation apparente. On la retrouve avec La Théorie de la Tartine, ou l'évolution de nos pratiques quotidiennes en 10 ans de banalisation d'internet. Relations, business, rapport aux médias,  horizontalité de la parole, les personnages du roman font tous face à des domaines qui évoluent au rythme du big data.

    Comme dans Les Morues, on retrouve une association hétéroclite mais efficace de personnages, liés par internet. Un web-journaliste, une étudiante en proie aux premières porn revenge de l'histoire, un hacker adolescent associal et en rupture avec ses parents. Liés par une première affaire en 2006, on les retrouve 10 ans plus tard, toujours solidement accrochés au rocher internet. Mais en 10 ans, l'outil a fait du chemin.

    Comme dans son premier roman, la blogueuse, geek et web-journaliste Titiou Lecoq sait allier humour et sujets plus profonds (il était question de viol et de partenariats-public-privé dans les Morues !). Véritable réflexion sur la toile, La Théorie de la tartine est aussi un roman léger et plaisant, dont les relations humaines, finement observées, constituent l'épicentre.

    La théorie de la tartine, Titiou Lecoq (France). Le livre de poche. 416 pages. 7, 30 €

    En 2013, Fais-moi les Poches ! avait rencontré Titiou Lecoq pour parler des Morues : c'est ici !

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • Vernon Subutex, Virginie Despentes

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    Vernon appartient au monde d'avant. Celui des disquaires et de la photo argentique. Un monde où les gens s'adossaient à son comptoir et passaient des heures à choisir la musique qu'ils allaient écouter, en manipulant les disques comme des objets précieux. Evidemment, Vernon n'a plus de boutique, pas plus que de clients. D'ailleurs il ne va pas tarder non plus à ne pas avoir d'appartement. Lui restera son compte Facebook qu'il ira consulter en traînant dans les Apple Store. Pour garder le contact avec ses amis ou anciennes connaissances, susceptibles de lui déplier un bout de canapé si le contact se noue. La mort d'Alex, star connue du rock, avec qui il jouait avant, va précipiter les événements. On lui court après. Les anciens amis communs se remémorent le beau gosse, le chanteur doué et séduisant, adulé ou détesté, toxico jusqu'à la moëlle, mort, comme tout rocker qui se respecte, dans la baignoire d'un hôtel.

    Ici les ex-stars du porno sont en prise avec des enfants en voie de radicalisation, les scénaristes réac doivent faire face à la mort de leur chienne, les mères inconsolables scrutent les pupilles des enfants, les trans sont les plus séduisantes des femmes, les vendeurs d'H et M le jour se transforment en brutes fascistes la nuit. Et Vernon, lui, n'a plus rien, mais a conservé l'essentiel : le bon vieux rock qui le fait tenir est là, sur son ipod. Comme une dernière passerelle entre le monde d'avant et celui d'aujourd'hui.

    Cinglant, drôle, trash, préoccupant, rythmé, mystérieux, ce premier tome de Vernon Subutex attire irrésistiblement vers le deuxième.

    Vernon Subutex, Virginie Despentes (France). Le livre de poche. 432 pages. 7, 90 €

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong

    famille,mensonges,accident,culpabilité,règlements de compteMilo a douze ans. En faisant la course à vélo avec sa tante Marguerite, il dérape et s'effondre. Et avec lui toute la famille, ses non-dits, ses mensonges, ses tensions. Tandis que l'inquiétude dévaste ses proches, une vague de fond venue des profondeurs de leurs relations s'abat sur chacun d'entre eux. Elle ne fait pas dans le détail, les ravages sont conséquents. C'est l'heure des comptes et l'addition est salée.

    La culpabilité grignote Marguerite pout commencer, mais attaque progressivement Céleste et Lino, les parents de Milo. Pour d'autres raisons, à cause d'autres drames qui reprennent vie avec cette chute. Jeanne, la grand-mère, va aussi devoir éclaircir bien des points qu'elle pensait acquis. Pendant ce temps, Lino stagne ou progresse dans sa convalescence, éponge plus que sensible aux tensions qui l'environnent.

    Le personnage trouble de Marguerite n'est pas sans rappeler Mina, la jeune fille en perte de repères de L'Ardoise Magique. Comme ces produits chimiques totalement neutres quand ils sont utilisés seuls, et activateurs au contact d'autres éléments, Marguerite est un révélateur, un élément déclencheur.

    Pardonnable, Impardonnable, Valérie Tong Cuong (France). J'ai lu. 313 pages. 7, 50 €

    A lire aussi, de la même auteure :L'Atelier des Miracles.

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • L'exception, Audur Ava Olafsdottir

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    Il y a quelque chose d'hypnotique dans les romans d'Audur Ava Olafsdottir, et cela va crescendo depuis Rosa Candida, (un des premiers coups de coeurs de ce blog) conte initiatique et road-movie. Avec L'embellie, déjà, l'auteure islandaise intégrait des petites touches étranges dans son récit. Et L'exception confirme la règle ! Une accumulation de bizarreries, qui, ajoutées à la nuit polaire et aux champs de lave, créent une ambiance vraiment singulière.

    Maria est larguée par son mari Floki un soir de réveillon du nouvel an, entre deux coupes de champagne. Il la quitte pour un homme. Ah. Elle va vivre seule avec ses jumeaux de 2 ans. Bon. Maria encaisse, sans plus de surprise apparente. Pas de scène, pas de cri. Peut-être une stupeur intériorisée mais sans plus. Quelques coups de fil dans les jours qui suivent pour poser des questions précises. Un corbeau rôde dans le jardin glacé d'un décembre de Reykjavik. Le jeune voisin toque souvent à la porte. Tiens, un spécialiste des oiseaux. La voisine, avec sa petite taille et ses déclarations étranges, tient le rôle du lutin mystérieux. Elle occupe plusieurs emplois originaux sur lesquels un voile opaque est posé, et visite sa voisine éplorée par une porte commune de buanderie qui fait office de passage secret des temps modernes.

    On retrouve dans les romans d'Audur Ava Olafsdottir des thèmes incontournables : l'abandon, la petite enfance, la parentalité, la différence et surtout le départ, le voyage, l'aventure, comme moyens de reprendre le dessus quand les embrouilles s'accumulent. Un grand bol d'air frais à chaque fois !

    L'exception, Audur Ava Olafsdottir (Islande). Points. 286 pages. 7, 50 €

    Catégories : Littérature Scandinave 0 commentaire
  • L'amour et les forêts, Eric Reinhardt

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    Avec L'amour et les forêts, on tient entre les mains un de ces romans avec lesquels il devient rapidement insupportable de ne pas connaître la part de réel et de fiction (sentiment rappelant un peu La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon). Parce qu'il s'agit d'un auteur, prénommé Eric, qui rencontre une des ses lectrices, évidemment, le texte a un sérieux goût de récit "tiré d'une histoire vraie". Mais le pacte n'est pas établi explicitement avec le lecteur, alors on doute, on s'interroge. Avant, finalement, de se laisser aller.

    Cette lectrice, c'est Bénédicte Ombredanne. Une femme d'une quarantaine d'années. Avec Eric, ils se rencontrent à la terrasse d'un café pour parler de son dernier livre. Mais rapidement, Bénédicte va être amenée, encouragée par Eric, à parler d'elle, de sa vie. Le romancier découvre alors le cauchemar conjugal d'une femme harcelée par son mari, dans tous les détails du quotidien, en continu. Plus tard, des interruptions dans leur correspondance éléctronique feront planer des inquiétudes légitimes sur le quotidien de la jeune femme.

    Humiliée, dénigrée, Bénédicte Ombredanne trouve pourtant en elle un jour le courage de vivre un peu pour elle, de se préoccuper de son bonheur. Elle se branche sur Meetic et rencontre un homme. Il lui fait vivre le frisson, le vrai. Elle passera le reste de sa vie à en payer le prix.

    Difficile de ne pas penser à Anna Karénine ou Madame Bovary, héroïnes au destin tragique, à la lecture de ce roman, qui fait planer sur lui l'ombre mystérieuse de Villiers de l'Isle Adam. Avec un style un peu surranné, l'emploi d'un vouvoiement surgi d'un autre siècle, une élégance constante, Eric Reinhardt réussit un conte moderne, onirique et on ne peut plus réaliste, où Bénédicte apparaît comme une icône.

    L'amour et les forêts, Eric Reinhardt. Folio. 416 pages. 8, 20 €

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • Une histoire de sable, Benjamin Desmares

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    Jeanne, 16 ans, fille unique, part s'enterrer avec ses parents geeks à la mer pendant une semaine de vacances en plein février. Ambiance sinistre, maisons fermées, commerces vidés à la hâte en attendant la saison prochaine : il y a tout pour déplaire à une ado. Sans parler du vent. Et du sable. Ce sable qui s'infiltre partout. Tellement présent qu'on pourrait le compter. D'ailleurs, c'est ce qu'elle va faire, Jeanne, compter les grains de sable pour que les journées s'écoulent plus vite.

    Heureusement, rapidement, Jeanne rencontre deux garçons. Ils sont étranges, Bruno et Alain, les deux frères, avec leurs coupes au bol et leurs survêts flashys. Mais au moins, ils sont là. C'est toujours mieux que la mémé à vélo qui ne parle jamais mais dont tout le monde parle, en prenant soin de baisser le ton. Mieux aussi que le PMU où on ne sert que du thé pas terrible et où tout le monde parle d'histoires du coin auxquelles elle ne comprend rien. Mieux que le chat, qu'il a fallu traîner en vacances et qui miaule faux. C'est surtout mieux que ses parents, qui ont le don de l'exaspérer rien qu'en respirant.

    Jeanne, Bruno, Alain. Ils passent des heures assis sur le perron d'une maison originale, à moitié engloutie sous des tonnes de sable. Ils parlent et se taisent. Et puis un jour, entre Jeanne et Bruno, la relation évolue. Et les mystères s'épaississent.

    Une histoire de sable est un roman qui prend son lecteur par la main et l'emmène dans une zone inconnue, où il ne pensait pas atterrir en ouvrant la première page. Un joli portrait d'ado, écartelée entre des sentiments contradictoires, ultra-réactive. Un hymne à la "morte-saison" qui offre tous les possibles à l'imagination et une ambiance incomparable. Une nostalgie des années rubik's cube et des posters délavés d'E.T. Et une invitation à se laisser surprendre.

    Une histoire de sable, Benjamin Desmares.

    Editions du Rouergue, collection doado. 134 pages. 10, 70 €

    Catégories : Littérature Française, Littérature jeunesse 0 commentaire