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Fais-moi les poches !

  • Captive, Margaret Atwood

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    Dans le Canada du 19ème siècle, une jeune servante, Grace Marks, est reconnue coupable du meurtre de son employeur et de sa maîtresse, employée de maison elle aussi. A 16 ans, le jeune fille est condamnée à ne connaître que le pénitencier, jusqu'à la fin de sa vie. Des événements, elle ne conserve en mémoire que des perceptions annexes. Le Dr Jordan, jeune psychiatre féru de techniques novatrices, prend à cœur le dossier de Grace, troublé par son amnésie, dont il aimerait comprendre si elle est un mensonge qui renforce sa culpabilité ou, au contraire, une des clés de son innocence. De leurs entretiens réguliers surgit le passé de Grace, son émigration depuis l'Irlande, la traversée de l'Atlantique avec son lot de traumatismes, ses rapports avec son père, sa meilleure amie Mary. Comme une pelote qui se déroule au fil des pages, le récit semble avancer vers la vérité. Le lecteur l'attend, indécis, mal à l'aise, dans une proximité troublante avec Grace et le Dr Jordan.

    Captive, Margaret Atwood (Canada). 10/18.

    613 pages. 8, 80 €

     

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  • Un océan, deux mers, trois continents, Wilfried N'Sondé

    esclavage, récit initiatique

    Nsaku Ne Vunda est né à la fin du 16ème siècle dans le royaume du Kongo. Ordonné prêtre, il va recevoir mission par son roi d'aller rencontrer le pape, à Rome, pour lui faire part de l'abjection du trafic d'humains en Afrique. Voyage ambitieux dans une époque pleine de dangers, sur des océans qui convoient par navires entiers de la marchandise humaine. Le héros va en effet voyager sur un navire négrier, et découvrir le triangle de la mort de la traite esclavagiste. Du Kongo à l'Amérique, celui qui est rebaptisé Dom Antonio depuis son baptême chrétien, assiste à des scènes d'une cruauté insupportable envers ses frères capturés sur leurs terres pour être vendus dans les plantations. Une traversée immonde, dans lequel aucune vie n'est sacrée, aucune mort n'est pleurée, si ce n'est pour le manque-à-gagner qu'elle représente pour l'armateur. En Espagne, Dom Antonio se voit confronté aux sidérantes torture de l'Inquisition catholique, une pratique religieuse à l'opposé de sa foi, qui va obliger cet homme, prêtre à la peau noire, à se cacher de la folie humaine. En arrivant à Rome, épuisé et désabusé, il aura peut-être l'occasion de rencontrer le pape.

    On pense au Candide de Voltaire en lisant ce roman de Wilfried N'Sondé, au verbe simple et au propos déchirant, basé sur un personnage historique avéré (On peut encore aujourd'hui voir la statue de Nsaku Ne Vunda à Rome). Un regard posé sur une époque où le concours des abominations semble sans borne, mais encore plus sur la capacité de l'homme à ignorer l'humanité de ses semblables.

    Un océan, deux mers, trois continents, Wilfried N'Sondé (France).

    Actes Sud. 268 pages. 20 €

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  • La tresse, Laetitia Colombani

    femmes, combats

    Elles sont trois. A plusieurs fuseaux horaires de distance, trois femmes se battent pour elles et pour leurs proches. L'une, en Inde, veut scolariser sa fille pour enfin sortir du système des castes qui condamne sa famille, intouchable, à ramasser les excréments des autres. La deuxième en Sicile, va devoir reprendre l'entreprise familiale de perruques artisanales au moment le plus critique. Une troisième au Québec, avocate et femme d'influence, découvre en apprenant qu'elle est atteinte d'un cancer l'envers du décor dans lequel elle jouait jusqu'alors son rôle à la perfection. Les trois femmes sont reliées, mais elles l'ignorent, car le tout ne tient qu'à un cheveu. 

    Voilà une manière originale de percevoir la mondialisation que ce roman. Un monde connecté qui fait inconsciemment émerger une certaine convergence des luttes : celle des femmes pour bénéficier de la place qu'elles méritent dans un monde sans merci. La tresse est un roman de combats, auréolé de beaucoup de délicatesse.

    La tresse, Laetitia Colombani (France).

    Le livre de poche. 238 pages. 7, 20 €

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  • Un truc à finir, Benjamin Desmares

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    Une explosion de sensations puissantes et contradictoires : voilà ce que vous réserve la lecture d'Un truc à finir, signé Benjamin Desmares.

    On connaissait Benjamin Desmares pour ses romans-jeunesse, on le retrouve avec talent dans un univers pour adultes. Prenez un quadra au bout du rouleau, un inconnu en équilibre précaire sur un grillage, des petits gâteaux à la figue. Mettez notre quadra (Joseph) inopinément en route vers une jolie petite ville nommée Redon, et laissez infuser : aventure, humour, noirceur, épopée maritime et réalisme magique, vous ne saurez plus à quelle épice délicieuse de ce savoureux mélange vous venez de goûter ! Car Un truc à finir, c'est un cocktail qui pétille en bouche et qui ne se laisse enfermer dans aucune catégorie de roman déjà connue. Un roman susceptible de plaire à tous les lecteurs curieux, et avides de découvertes. Une expérience de lecture réjouissante !

    Trois bonnes raisons de lire Un truc à finir :

    Si vous avez lu Cornichon Jim, vous retrouverez dans Un truc à finir des aventures rocambolesques avec une pointe enfantine.

    Vous avez aimé vous laisser emporter dans un univers parallèle avec Une histoire de sable ? Vous accepterez d'être pris par la main aux limites du réalisme. Vous hésitez encore ? Alors c'est que vous avez un point commun avec Joseph, le héros, qui déclare : « Je trouve ça nul, continuai-je. Je veux dire, le fantastique, tout ça, très peu pour moi. Je ne supporte pas toutes ces histoires, les mômes qui ouvrent une porte au fond d'un placard et se retrouvent dans un monde merveilleux à gambader sur le dos des licornes. Je trouve ça d'un con ! Mais d'un con ! »

    Vous êtes hermétique à la mièvrerie et ne rechignez pas devant un peu de noirceur bien corsée ? Si Des poings dans le ventre vous a plu, vous aimerez aussi Un truc à finir et ses passages pour estomacs bien accrochés.

     

    Un truc à finir, Benjamin Desmares (France).

    Rouergue. 396 pages. 22 €

     

     

     

     

     

     

     

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  • Rebecca, Daphné du Maurier

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    Si Hitchcock a décidé d'adapter ce roman au cinéma en 1940, c'est que l'ambiance y est garantie étrange et fascinante à souhait. Voyez un peu : une jeune femme, dame de compagnie d'une richissime américaine, rencontre M. de Winter, un homme au frais veuvage, dans un hôtel de Monte Carlo. En quelques jours, la jeune femme accepte la proposition de mariage du Britannique, quitte son employeuse et après la lune de miel, part s'installer avec son mari dans sa somptueuse villa. Les domestiques les y attendent, mais réservent un accueil glacial à la nouvelle Mme de Winter. De pièces secrètes en chuchotements, la narratrice dessine au jour le jour la silhouette de l'ancienne propriétaire des lieux, morte mais étrangement omniprésente. Et trouve plus de questions que de réponses, face à un mari moins jovial que ne le laissait présager la rencontre.

    Un grand classique de la littérature, à découvrir ou redécouvrir absolument.

     

    Rebecca, Daphné du Maurier (Grande-Bretagne). Le livre de poche.

    640 pages. 8, 40 €

    Catégories : Littérature Britannique 0 commentaire
  • Le jour d'avant, Sorj Chalandon

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    Le jour d'avant se situe dans le monde d'avant. Celui de la mine, de la quête du charbon qui nourrit toute une région et des coups de grisou. Ces années 70 qui voient descendre les derniers wagons, avant l'émergence d'une industrie moins salissante, moins dangereuse, moins nourricière aussi.

    Dans ce décor de fumées grises grandit le narrateur, dans une famille qui cultive la terre mais ne pénètre pas ses entrailles. Trop de drames avant eux. Dans l'admiration d'un frère aîné qui a bravé l'interdiction familiale de travailler à la mine, le jeune homme scrute avec envie cette communauté d'hommes aux rites établis et à la solidarité chevillée au corps.

    Mais un jour, finies les cavalcades en mobylette avec le grand frère. La mine, une fois encore, a exigé un sacrifice. Les années passant, le souvenir du frère aîné hante le narrateur, et l'idée de vengeance s'incruste dans ses pensées comme les poussières de charbon sur la peau et les poumons.

    Sorj Chalandon pointe juste comme toujours, et ménage le suspense jusqu'au bout de ce roman social, autant qu'affectif.

    Le jour d'avant, Sorj Chalandon (France). Grasset. 326 pages

    Du même auteur :  Retour à Killybegs, plongée dans l'histoire torturée de l'Irlande.

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • Poupée volée, Elena Ferrante

    vacances, italie, plage

    Vacances apaisantes pour Leda, professeure dont les grands enfants ont quitté le nid pour aller vivre avec leur père de l'autre côté de l'Atlantique. Vacances solitaires, rythmées par les descentes à la plage, dans une petite station balnéaire, quelque part en Italie. Les premiers jours pour quêter des repères dans un lieu inconnu, les jours suivants pour créer un nouveau familier. 

    Tous les jours, donc, cette même plage. Tous les jours, aussi, cette même famille à quelques mètres. Ils parlent fort, sans préoccupation aucune de leur entourage. Ils sont suffisants, vulgaires et inquiétants. Mais Leda est fascinée par le lien de la très jeune femme et de sa petite fille. Et aussi de la relation qu'elles entretiennent avec la poupée de l'enfant. Un jouet pourtant bien laid et sans grand intérêt.

    Dissimulée sous son parasol, Leda ne perd aucun détail des vacances de la famille. Aimantée autant que repoussée, elle succombe au vertige de la curiosité. Dans le miroir de leurs relations, elle observe par la pensée sa propre histoire avec ses filles, l'affection compliquée qu'elle leur voue.

    Et puis un jour, la poupée disparaît, et tout l'équilibre de la plage se rompt, entre recherches bruyantes et désarroi de l'enfant. Une poupée, ça ne disparaît pas comme ça !

    Un roman étrange, à légère tendance envoûtante...

    Poupée Volée, Elena Ferrante (Italie). Folio.

    196 pages. 7, 25 €

    Catégories : Littérature Italienne 0 commentaire