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famille

  • Le jour d'avant, Sorj Chalandon

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    Le jour d'avant se situe dans le monde d'avant. Celui de la mine, de la quête du charbon qui nourrit toute une région et des coups de grisou. Ces années 70 qui voient descendre les derniers wagons, avant l'émergence d'une industrie moins salissante, moins dangereuse, moins nourricière aussi.

    Dans ce décor de fumées grises grandit le narrateur, dans une famille qui cultive la terre mais ne pénètre pas ses entrailles. Trop de drames avant eux. Dans l'admiration d'un frère aîné qui a bravé l'interdiction familiale de travailler à la mine, le jeune homme scrute avec envie cette communauté d'hommes aux rites établis et à la solidarité chevillée au corps.

    Mais un jour, finies les cavalcades en mobylette avec le grand frère. La mine, une fois encore, a exigé un sacrifice. Les années passant, le souvenir du frère aîné hante le narrateur, et l'idée de vengeance s'incruste dans ses pensées comme les poussières de charbon sur la peau et les poumons.

    Sorj Chalandon pointe juste comme toujours, et ménage le suspense jusqu'au bout de ce roman social, autant qu'affectif.

    Le jour d'avant, Sorj Chalandon (France). Grasset. 326 pages

    Du même auteur :  Retour à Killybegs, plongée dans l'histoire torturée de l'Irlande.

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  • Un été, Vincent Almendros

    huis clos, famille, frères,

    La chaleur de l'été. L'exiguïté d'une cabine de voilier. L'oppression du huis-clos. Voici les trois premiers ingrédients de ce court roman, dans lequel le malaise du mal de mer laisse peu à peu sa place à un malaise relationnel plus insidieux, plus infiltrant encore. Il sont quatre à bord. Deux d'entre eux sont frères, les deux passagères leur compagne. Le long des côtes napolitaines, entre deux escales baignées de soleil, le narrateur se demande de plus en plus pourquoi il a accepté cette invitation, qui ne pouvait être qu'une mauvaise idée.

    Le quatrième ingrédient est le passé des personnages, d'au moins trois d'entre eux en tous cas, du point commun qu'ils partagent. Mais plus encore que ce passé qui ne reste pas mystérieux si longtemps, c'est l'avenir qui va déclencher l'intrigue. Un avenir imprévisible. Sauf pour ceux qui avaient tout planifié.

    Jusqu'aux dernières lignes, suspense absolu. Stupéfaction garantie à l'issue de la croisière relationnelle.

    Un été, Vincent Almendros (France). Editions de Minuit, collection double.

    95 pages. 6, 50 €

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  • La Serpe, Philippe Jaenada

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    Philippe Jaeanada a plusieurs passions dévorantes, au nombre desquelles le turf et les parenthèses, mais la plus marquante ces dernières années est sans nul doute le fascination pour les enquêtes policières retentissantes en leur époque, et les procès qui en ont découlé.

    Après avoir réhabilité le braqueur Bruno Sulak, extrait de la fange populaire Pauline Dubuisson, c'est à une affaire des plus sanglantes qu'il s'intéresse dans La Serpe. En 1941, alors que la France souffre, un carnage atroce se déroule dans un manoir du Périgord. Trois personnes y sont sauvagement assassinées, au moyen d'une serpe fraîchement affûtée. L'affaire fera grand bruit, car le principal accusé est le fils de la maison, jeune homme à la réputation sulfureuse, colérique, dépensier et menteur. Des années après, ce jeune homme, Henri Girard, écrira un des succès littéraires français, plus connu encore par son adaptation au cinéma : Le salaire de la peur, sous le pseudonyme Georges Arnaud. Entre les deux événements, que s'est-il déroulé ? Comment cet homme que tout accablait a-t-il bénéficié de la clémence du tribunal ? Quelles suites de hasards l'ont mené notamment en Amérique du Sud, où la mort le frôlera plus souvent qu'à son tour ?

    C'est à bon nombre de ces questions que Philippe Jaenada entreprend de répondre, n'hésitant pas à se faire enquêteur, épluchant pendant des jours les archives du dossier Girard, arpentant les chemins de Dordogne pour mieux humer l'affaire. Avec un humour et un sens des digressions toujours aussi enlevés, il n'économise pas la réflexion sur cette affaire fascinante qui vous fera passer quelques nuits blanches, assis au banc des jurés, dans le questionnement d'une culpabilité aussi évidente qu'impossible.

    La Serpe, Philippe Jaenada (France). Julliard. 648 pages

    A découvrir aussi, du même auteur : La Petite femelle, Sulak, Plage de Manaccora... 

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  • En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

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    Pour un petit garçon, quelle fierté d'avoir des parents qui dansent devant les yeux émerveillés de l'assemblée, légers comme la plume, gracieux comme la fantaisie, au son de Mr. Bojangles de Nina Simone. Quel délice d'avoir pour école une maison pleine d'amis, de soirées folles et douces, de nuits sans fin. Une vie sans contrainte, en dehors de tous les codes, avec en seule ligne de mire le plaisir, l'amour familial, la joie, le rire.

    C'est dans ce décor onirique que nous emmène Olivier Bourdeaut, à la suite de ses personnages. La mère de famille, autour de laquelle la désorganisation s'enroule, porte chaque jour de l'année un nom différent, toujours superbe dans ses robes extravagantes. Le père se délecte de la folie si douce de sa femme en tenant le réel à distance, tandis que le petit garçon observe le monde avec des yeux pétillants.

    En attendant Bojangles, c'est un conte. On se berce dans son ambiance vivifiante, dans sa rêverie, accompagnés par la charmante narration du petit garçon. Même quand l'atmosphère, petit à petit, se modifie.

    En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut (France). Folio. 172 pages.

    6, 60 €


     

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  • Désorientale, Négar Djavadi

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    Il y a le génie de ce titre, ce mot-valise qui résume vraiment parfaitement l'ambiance du roman, une trouvaille sémantique qui synthétise une histoire. L'histoire, c'est celle de Kimiâ. On fait connaissance avec la jeune femme dans la salle d'attente d'un hôpital parisien, où elle attend son tour pour une insémination. Dans cette salle à l'ambiance gênée, les pensées de Kimiâ remontent le fil de son existence, de Téhéran où elle est née, à Paris où elle vit. Entre les deux endroits, un parcours sinueux : la vie d'une famille d'opposants politiques aux régimes du Shah puis de Khomeiny, le deuil d'un pays, d'une culture étouffée par la dictature, l'exil à travers les montagnes, les menaces, l'adaptation à un nouveau pays, la quête d'identité, la terreur persistante, même longtemps après.

    Négar Djavadi économise ses phrases, sait toujours comment écrire pour aller droit au but, sans jamais rien ôter de la richesse des échanges entre les personnages. Le parcours de Kimiâ s'inscrit dans la géopolitique mondiale, comme dans l'intimité la plus ténue. Entre le très grand et le très petit. Désorientale, c'est un roman tout en finesse, qui évoque bien sûr le Persepolis de Marjane Satrapi.

    Désorientale, Négar Djavadi (France). 350 pages. Editions Liana Levi.22 €

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  • Les gens dans l'enveloppe, Isabelle Monnin avec Alex Beaupain

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    C'est plus qu'un roman. D'abord la re-création d'une réalité à partir de photos de familles datant des années 70, achetées par lot sur internet par Isabelle Monnin, au gré du hasard. Une histoire qui se tricote à partir des regards sur les photos, de la couleur du papier peint, des absents, des récurrences. C'est ensuite une enquête, menée après l'écriture de la première partie, pour découvrir la véritable identité des "gens dans l'enveloppe". Une enquête, qui, à la grande surprise d'Isabelle Monnin elle-même, se révèle fructueuse très rapidement. Ses personnages de papier prennent une véritable identité. Elle les rencontre et confronte son histoire la réalité de cette famille. Les coïncidences sont parfois troublantes, les intuitions assez bien senties. Et la situation s'avère particulière, puisque l'enquête d'Isabelle Monnin la plonge dans l'intimité d'une famille qui lui est complètement inconnue. Une famille qui, à aucun moment, ne songe à lui fermer la porte. Ce sont enfin ces photos, présentes au centre de l'objet-livre, mystérieuses et familières.

    Et puis Alex Beaupain, compositeur-interprète de grand talent et ami de l'auteure, a parachevé le projet par un album musical (téléchargeable gratuitement à l'achat du livre), inspiré du texte fictif, comme de la véritable histoire de la famille. Sur cet album, les véritables protagonistes prennent le micro, racontant à leur tour l'histoire de Laurence, Michelle, Mémé Poulet.

    C'est donc un objet étonnant que ces Gens dans l'enveloppe, fusée à plusieurs étages. Roman, enquête, confessions autobiographiques aussi, oeuvre musicale. Une ambiance des années 70, des tricots rayés, des vacances au camping, des aspirations féminines, du monde qui change. Au delà d'un projet surprenant, un livre d'une grande qualité, plein d'émotion.

    Les Gens dans l'enveloppe, Isabelle Monnin avec Alex Beaupain (France). Le livre de poche. 8, 90 €

    Catégories : Littérature Française, Musique 0 commentaire
  • La mémoire des embruns, Karen Viggers

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    Mary a une idée précise. En fin de vie, à bout de force, elle veut retourner sur l'île Bruny, en Tasmanie, faire revivre les souvenirs de sa vie passée. Mary était femme du gardien de phare. Chaque lieu de l'île est associé, pour elle, à des images précises.

    Si ses enfants ne sont pas chauds pour la laisser dans un endroit isolé alors qu'elle aurait besoin d'assistance médicale, elle trouve en la personne de Leon, jeune garde forestier, une aide matérielle et morale précieuse, même si les débuts de la relation sont on ne peut plus chaotiques. Tom est, de ses enfants, celui qui juge le moins la démarche de sa mère. Il faut dire qu'il a d'autres chats à fouetter, obsédé par le souvenir d'une saison de travail en Antarctique qui l'a transformé en fantôme solitaire à la sociabilité fragile.

    Roman des grands espaces, La mémoire des embruns dresse le portrait de plusieurs personnages secrets et riches.

    La mémoire des embruns, Karen Viggers (Australie). Le livre de poche. 568 pages. 8, 30 €.

    Catégories : Littérature Australienne 2 commentaires