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Fais-moi les poches ! - Page 4

  • L'exception, Audur Ava Olafsdottir

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    Il y a quelque chose d'hypnotique dans les romans d'Audur Ava Olafsdottir, et cela va crescendo depuis Rosa Candida, (un des premiers coups de coeurs de ce blog) conte initiatique et road-movie. Avec L'embellie, déjà, l'auteure islandaise intégrait des petites touches étranges dans son récit. Et L'exception confirme la règle ! Une accumulation de bizarreries, qui, ajoutées à la nuit polaire et aux champs de lave, créent une ambiance vraiment singulière.

    Maria est larguée par son mari Floki un soir de réveillon du nouvel an, entre deux coupes de champagne. Il la quitte pour un homme. Ah. Elle va vivre seule avec ses jumeaux de 2 ans. Bon. Maria encaisse, sans plus de surprise apparente. Pas de scène, pas de cri. Peut-être une stupeur intériorisée mais sans plus. Quelques coups de fil dans les jours qui suivent pour poser des questions précises. Un corbeau rôde dans le jardin glacé d'un décembre de Reykjavik. Le jeune voisin toque souvent à la porte. Tiens, un spécialiste des oiseaux. La voisine, avec sa petite taille et ses déclarations étranges, tient le rôle du lutin mystérieux. Elle occupe plusieurs emplois originaux sur lesquels un voile opaque est posé, et visite sa voisine éplorée par une porte commune de buanderie qui fait office de passage secret des temps modernes.

    On retrouve dans les romans d'Audur Ava Olafsdottir des thèmes incontournables : l'abandon, la petite enfance, la parentalité, la différence et surtout le départ, le voyage, l'aventure, comme moyens de reprendre le dessus quand les embrouilles s'accumulent. Un grand bol d'air frais à chaque fois !

    L'exception, Audur Ava Olafsdottir (Islande). Points. 286 pages. 7, 50 €

    Catégories : Littérature Scandinave 0 commentaire
  • L'amour et les forêts, Eric Reinhardt

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    Avec L'amour et les forêts, on tient entre les mains un de ces romans avec lesquels il devient rapidement insupportable de ne pas connaître la part de réel et de fiction (sentiment rappelant un peu La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon). Parce qu'il s'agit d'un auteur, prénommé Eric, qui rencontre une des ses lectrices, évidemment, le texte a un sérieux goût de récit "tiré d'une histoire vraie". Mais le pacte n'est pas établi explicitement avec le lecteur, alors on doute, on s'interroge. Avant, finalement, de se laisser aller.

    Cette lectrice, c'est Bénédicte Ombredanne. Une femme d'une quarantaine d'années. Avec Eric, ils se rencontrent à la terrasse d'un café pour parler de son dernier livre. Mais rapidement, Bénédicte va être amenée, encouragée par Eric, à parler d'elle, de sa vie. Le romancier découvre alors le cauchemar conjugal d'une femme harcelée par son mari, dans tous les détails du quotidien, en continu. Plus tard, des interruptions dans leur correspondance éléctronique feront planer des inquiétudes légitimes sur le quotidien de la jeune femme.

    Humiliée, dénigrée, Bénédicte Ombredanne trouve pourtant en elle un jour le courage de vivre un peu pour elle, de se préoccuper de son bonheur. Elle se branche sur Meetic et rencontre un homme. Il lui fait vivre le frisson, le vrai. Elle passera le reste de sa vie à en payer le prix.

    Difficile de ne pas penser à Anna Karénine ou Madame Bovary, héroïnes au destin tragique, à la lecture de ce roman, qui fait planer sur lui l'ombre mystérieuse de Villiers de l'Isle Adam. Avec un style un peu surranné, l'emploi d'un vouvoiement surgi d'un autre siècle, une élégance constante, Eric Reinhardt réussit un conte moderne, onirique et on ne peut plus réaliste, où Bénédicte apparaît comme une icône.

    L'amour et les forêts, Eric Reinhardt. Folio. 416 pages. 8, 20 €

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • Une histoire de sable, Benjamin Desmares

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    Jeanne, 16 ans, fille unique, part s'enterrer avec ses parents geeks à la mer pendant une semaine de vacances en plein février. Ambiance sinistre, maisons fermées, commerces vidés à la hâte en attendant la saison prochaine : il y a tout pour déplaire à une ado. Sans parler du vent. Et du sable. Ce sable qui s'infiltre partout. Tellement présent qu'on pourrait le compter. D'ailleurs, c'est ce qu'elle va faire, Jeanne, compter les grains de sable pour que les journées s'écoulent plus vite.

    Heureusement, rapidement, Jeanne rencontre deux garçons. Ils sont étranges, Bruno et Alain, les deux frères, avec leurs coupes au bol et leurs survêts flashys. Mais au moins, ils sont là. C'est toujours mieux que la mémé à vélo qui ne parle jamais mais dont tout le monde parle, en prenant soin de baisser le ton. Mieux aussi que le PMU où on ne sert que du thé pas terrible et où tout le monde parle d'histoires du coin auxquelles elle ne comprend rien. Mieux que le chat, qu'il a fallu traîner en vacances et qui miaule faux. C'est surtout mieux que ses parents, qui ont le don de l'exaspérer rien qu'en respirant.

    Jeanne, Bruno, Alain. Ils passent des heures assis sur le perron d'une maison originale, à moitié engloutie sous des tonnes de sable. Ils parlent et se taisent. Et puis un jour, entre Jeanne et Bruno, la relation évolue. Et les mystères s'épaississent.

    Une histoire de sable est un roman qui prend son lecteur par la main et l'emmène dans une zone inconnue, où il ne pensait pas atterrir en ouvrant la première page. Un joli portrait d'ado, écartelée entre des sentiments contradictoires, ultra-réactive. Un hymne à la "morte-saison" qui offre tous les possibles à l'imagination et une ambiance incomparable. Une nostalgie des années rubik's cube et des posters délavés d'E.T. Et une invitation à se laisser surprendre.

    Une histoire de sable, Benjamin Desmares.

    Editions du Rouergue, collection doado. 134 pages. 10, 70 €

    Catégories : Littérature Française, Littérature jeunesse 0 commentaire
  • Papilles et lecture

    41j8TubjH5L._SX304_BO1,204,203,200_.jpgLe dîner, d'Herman Koch, se déroule aux Pays Bas. Dans ce "grand" restaurant, bonnes manières riment avec bonne chère, et la retenue n'a d'égale que l'élégance. Ca, c'est pour le cadre, la petite musique de fond. Car c'est de violence et d'amoralité dont parle ce roman, dont l'originalité est de tisser ses pages autour d'une seule unité de temps, ce fameux dîner. Deux frères, qui ont reçu une bonne éducation et évoluent dans les sphères privilégiées d'un pays développé, ont élevé leurs enfants, devenus adolescents. Un jour pourtant, les rouages se grippent, avec une brutalité inouïe. Les fils vont commettre un acte haineux, honteux, scandaleux, incroyable. Quelles réactions vont adopter leurs parents ? Où se place, au bout du compte, le curseur de la morale quand on tient à sauver sa peau, sa famille, les apparences ? Plus on approche du dessert et plus l'auteur nous bluffe. Herman Koch souffle le chaud et le froid sur ses lecteurs en les tenant en haleine et en les amenant où ils ne veulent sans doute pas aller : de l'autre côté de la bienséance.

     

    41XLXdV2+1L._.jpgEn découvrant les premières lignes de La singulière tristesse du gâteau au citron, de l'Américaine Aimee Bender, on se dit que tous les ingrédients romanesques classiques sont là : une vie de famille à Los Angeles, avec père, mère, garçon et fille. Une mère un peu triste, un père un peu distant, un grand frère un peu différent, et une jeune fille narratrice, Rose, qui s'accommode de tout ça. Mais un jour, en croquant à pleines dents dans le gâteau au citron avec nappage chocolat que lui a préparé sa mère, toutes les données vont se décaler, permuter, changer de sens. Rose ressent, en mangeant ce gâteau, l'état d'esprit qu'avait sa mère au moment de le concocter. Bien pratique, me direz-vous, mais on n'entre pas sans risque dans le coeur des autres. Les touches discrètes et successives d'informations étranges font adhérer le lecteur, en douceur, à une idée un peu folle... fantastique.

     

    petites infamies.jpgUn petit tour en Espagne pour finir, avec Petites infamies, de Carmen Posadas, un roman à l'ambiance résolument inspirée d'Agatha Christie. Néstor Chaffino, traiteur de renom, est retrouvé congelé dans une chambre froide. Le huis-clos se resserre sur les invités de la soirée, qui auraient tous eu une bonne raison de refroidir le chef. Suspense et cynisme au menu.

    Le dîner, Herman Koch. Editions 10/18. 355 p. 8, 10 €

    Petites infamies, Carmen Posadas. Points. 303 p. 7, 30 €

    La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimee Bender. Points. 330 p. 7, 30 €

     

    Catégories : Textes 1 commentaire
  • Expo 58, Jonathan Coe

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    Jonathan Coe délocalise un de ses romans ! Nous quittons cette fois la Grande-Bretagne pour pointer le bout de notre nez à Bruxelles, en 1958. Nous admirons avec les personnages le tout neuf Atomium, conçu pour l'Exposition Universelle et symbole ultime de la modernité. Car c'est bien de modernité dont il est question lors de cette expo, où chaque pays a à coeur de se montrer en avance sur son voisin. En pleine guerre froide, les Soviétiques s'amusent des retards technologiques des représentants de l'ouest.

    Mais le temps d'une expo, Bruxelles est une vraie tour de Babel, où la géopolitique cède sa place aux amitiés internationales. A moins que ce ne soit une façon idyllique de voir les choses. Car les services secrets britanniques sont bien présents, à l'affût derrière le moindre bosquet avec un burlesque détonnant, les soviétiques sont dans les intrigues d'espionnage, certains personnages disparaissent subitement. Et pendant ce temps-là, Thomas Foley, le responsable du pavillon britannique, découvre une vie festive très éloignée de la morosité de sa routine londonienne. Une fois éloignée l'idée de construire un pavillon sur "une histoire des WC en Angleterre", le Foreign Office lui a confié la responsabilité d'un pub -symbole plus sémillant de l'identité britannique- le Britannia, qui rencontrera un franc succès.

    Questionnements sur le couple, la maturité, la modernité, la confrontation entre les cultures, parodie de roman d'espionnage avec des agents secrets un peu Dupond et Dupont, Expo 58 est un roman hétéroclite, auquel l'écriture caustique de Jonathan Coe apporte cette petite touche indéfinissable.

    Expo 58, Jonathan Coe (Grande-Bretagne). Folio. 358 p. 8 €

    Catégories : Littérature Britannique 0 commentaire
  • Le dernier gardien d'Ellis Island, Gaëlle Josse

    ellis island, migrationQuand, il y a quelques années, Gaëlle Josse a arpenté les couloirs d'Ellis Island, elle a été happée par les regards qui habitaient les murs. Ces regards de migrants, photographiés au cours des années dans cette antichambre de la vie américaine, du possible futur en terre de liberté et de prospérité. Car avant de devenir -peut-être- un Américain libre, il fallait subir l'expectative, l'humiliation du "tri", l'isolement, le déracinement sur cet îlot.

    Nous sommes en 1954, et la fermeture du centre est programmée dans quelques jours. John Mitchell est le dernier responsable du site, et avant d'en rendre les clés, il s'impose un bilan. S'y rencontrent des ombres errantes, des amours, des regrets, la domination des rapports humains.

    Nul doute que le lieu campe un véritable personnage dans ce roman d'ambiance.

    Le dernier gardien d'Ellis Island, Gaëlle Josse (France). Le livre de poche. 6 €

    A découvrir aussi, du même auteur : Nos vies désaccordées ; Noces de neige.

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman, Kerry Hudson

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    Allez hop, direction l'Ecosse, Aberdeen plus précisément. Ce sont les années 80, et une petite fille pointe son nez dans une famille modeste. Enfin, elle pointe son nez de façon imprévue, après la rencontre de sa mère avec un bel Américain évaporé après une escapade londonnienne qui a fait pschitt. Retour dans le nord pour la jeune mère, célibataire, sans emploi et aux prises avec une famille pour le moins pesante. La grand-mère ne vit que pour ses séances de bingo, Tonton Frankie tente de faire plaisir mais est abonné aux plans foireux. Ca picole, beaucoup, ça fume, toujours (mais nous sommes dans les années 80 après tout), et l'ambiance est huileuse en cuisine.

    L'originalité de ce roman de type autobiographique tient dans le fait que le récit à la première personne commence dès la naissance. Le bébé surveille, perçoit les gestes maladroits. Il apprend très tôt aussi à déceler les signes annonciateurs de la violence, du désespoir. Certes, le décor est sombre, la banlieue sordide, mais -apanage du regard enfantin ?- le recul et l'humour parviennent toujours à prendre leur place. La relation mère-fille évolue, au gré des rencontres plus ou moins malheureuses de la mère. Cette relation explose, expose, protège, dissimule, déçoit, rassure.

    Ce roman résolument social dépeint une époque, des lieux, des relations tout sauf rose-bonbon sans jamais atteindre le désespoir. C'est raconté comme un conte, avec beaucoup de fraîcheur.

    Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer ma maman, Kerry Hudson

    (Grande-Bretagne). 10/18. 

    336 pages. 8, 10 €

    Catégories : Littérature Britannique 4 commentaires