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couple

  • Juste avant l'oubli, Alice Zeniter

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    Dès qu'il est question d'île et de huis-clos, on ne peut s'empêcher de penser à Agatha Christie. Une île, des êtres humains regroupés dans un endroit exigu et hostile, autant de possibilités de scénarios angoissants. Mais ce n'est pas cette angoisse là que choisit Alice Zeniter en situant son roman à Mirhalay, île des Hébrides dont la sauvagerie n'a d'égale que la rudesse du climat et l'éloignement du continent. C'est autre chose, de plus subtil. Car Alice Zeniter, comme dans Jusque dans nos bras ou Sombre dimanche, décortique les relations humaines.

    Alors qui sont-ils, nos humains à observer, cette fois-ci ? Il y a Emilie, universitaire passionnée de Galwin Donnell, un romancier, auteur de polar, disparu mystérieusement sur l'île de Mirhalay des années auparavant alors qu'il y vivait en quasi-ermite. En charge de l'organisation d'un séminaire sur l'auteur, elle goûte sur place à l'ambiance de cette île où a vécu l'auteur qu'elle admire plus que tout. Il y a son  compagnon, Franck, qui essaie modestement de se montrer à la hauteur des relations hautement cultivées d'Emilie. Test éprouvant pour la solidité de son couple. Il y a le bal des universitaires avec leur hiérarchie plutôt obscure quand on ne fait pas partie du cercle. Il y a le gardien de l'île, qui a connu Donnell, et qui peine à dissimuler sa détestation pour tous ces pèlerins au vocabulaire enlevé. Et puis il y a les falaises, le vent, la pluie, l'écume, la solitude.

    A situation exceptionnelle, relations exceptionnelles. Nous ne sommes pas dans du Agatha Christie, mais le polar est présent dans les références au début, et dans l'intrigue à la fin. Mais la principale victime dans cette enquête-là est le lien entre Emilie et Franck.

    Juste avant l'oubli est un roman qui joue avec les codes, les références littéraires. Il crée habilement des attentes, pour mieux nous surprendre, dans un cadre qui laisse la place à toutes les fantasmagories.

    Juste avant l'oubli, Alice Zeniter (France). J'ai lu. 283 pages. 7, 10€

     

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  • L'invention de nos vies, Karine Tuil

    mensonges, avocat, usa, terrorisme, coupleDe l'opportunisme à la mystification, il n'y aurait qu'un pas ? Sans doute, à en croire l'expérience de Samir, personnage tragique de ce roman. Il a suffi qu'un jour, au moment où sa carrière d'avocat pouvait décoller ou stagner à tout jamais, un malentendu naisse autour de son identité, de ses origines. Il a suffi qu'il se taise. Non pas qu'il mente, mais qu'il laisse dire. Et puis un jour, il a été trop tard pour faire machine arrière. Toute sa vie avait pris sens autour de ce mensonge originel, dans le confort et le succès d'une vie New-Yorkaise inespérée. Il était devenu Sam. De musulman, il était devenu juif, en empruntant des pans entiers de l'histoire véritable de Samuel, son ami d'enfance. Pour ce dernier, aux proies aux tourments de l'auto-dénigrement et de la spirale de l'échec, qui découvre de Paris l'ascencion fulgurante et les mensonges éhontés de Samir, bien des comptes sont à régler. Au centre desquels règne la splendide Nina, objet d'amour, de convoitise et de domination pour les deux hommes.

    Et le basculement survient. Le moment où toutes les cartes sont redistribuées, où le passé s'amuse, où toute tentative de contrôle est vaine. Al Qaïda, Guantanamo, succès littéraire font alors leur apparition comme des invités de dernière minute, incongrus et perturbants.

    Karine Tuil a su cacher plusieurs romans dans L'invention de nos vies. Celui du mensonge, de l'identité, de la honte d'abord. Puis celui du suspense, de la machinerie judiciaire, de la désolation, de l'enfermement dans ses propres pièges. Avec toujours une neutralité de jugement à l'égard des personnages. 

    Un excellent moment de lecture.

    L'invention de nos vies, Karine Tuil (France). Le Livre de Poche.

    504 pages. 7, 90 €

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  • De là, on voit la mer, Philippe Besson

    Italie, couple, écritureRevoilà Philippe Besson avec son style elliptique, tranchant et "durassien". Alors qu'on l'avait suivi jusqu'à Los Angeles dans Une bonne raison de se tuer, il nous propose ici des aller-retours entre Paris et Livourne, en Italie. Louise s'y retire pour écrire. Elle a besoin de cette distance, de cette solitude. François, son mari, l'a bien compris, depuis longtemps. Louise ne lui a jamais fait mystère de ses conditions : pour écrire, elle a besoin d'un contexte. Elle ne peut pas et ne souhaite pas transiger là-dessus. Elle ne rendra pas de compte car la nécessité de l'écriture est souveraine dans l'organisation de sa vie. 

    François est donc resté à Paris. Mais cette fois-ci, une tierce personne va occuper le premier rôle. C'est Luca, un très jeune homme du village, là-bas, en Italie. François aura beau exprimer sa détresse, par les mots et par les actes, Louise est un roc et continue à imposer ses conditions, vaille que vaille.

    Il est bien sûr beaucoup question de couples dans ce roman, mais par transparence, c'est la tyrannie de l'écriture qui signe sa présence.

    De là, on voit la mer, Philippe Besson (France). 10/18. 192 p. 7, 10 €

    L'année dernière, Philippe Besson répondait aux questions de Fais-moi les poches ! sur son roman Une bonne raison de se tuer, et sur l'écriture en général. Retrouvez cet entretien ici.

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  • Dieu surfe au pays basque, Harold Cobert

    41nX+gy-w1L.jpg"Ma femme"... L'expression peut sembler un peu distante, surannée presque. Dans ce roman, le narrateur n'évoque sa compagne qu'à travers ces mots-là. Pas de prénom. Et pourtant, la proximité entre les deux êtres se révèle de plus en plus ténue au cours de la lecture.

    Il est ici question d'une banale rencontre de vacances. Suivra une banale relation amoureuse. Un banal mariage. Un banal désir d'enfant. Et un banal accident de la vie. Car les deux personnages ne vivent rien d'extraordinaire, comme le corps médical le leur rappelle sans le moindre tact. Perdre un enfant à naître est en effet -statistiquement- courant. Donner corps aux chiffres relève d'une toute autre dimension. Cela revient à perdre un espoir naissant, palpable, vital. Un cataclysme difficile à partager, à comprendre. Etre l'ex-futur père une place difficile, aussi.

    Harold Cobert occupe avec ce roman une place laissée vide jusque là. Celle du témoin, du messager masculin d'une souffrance féminine ancestrale. Celle du porte-parole d'un sujet douloureux complètement passé sous silence. Avec pudeur. Avec brio.

    Dieu surfe au pays basque, Harold Cobert (France). Le livre de poche. 168 pages.

    6, 10 €.

    Si vous souhaitez en savoir plus sur ses choix d'écriture, ses motivations, ses projets, lisez l'entretien avec Harold Cobert.

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