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Littérature Française - Page 3

  • Vernon Subutex, Virginie Despentes

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    Vernon appartient au monde d'avant. Celui des disquaires et de la photo argentique. Un monde où les gens s'adossaient à son comptoir et passaient des heures à choisir la musique qu'ils allaient écouter, en manipulant les disques comme des objets précieux. Evidemment, Vernon n'a plus de boutique, pas plus que de clients. D'ailleurs il ne va pas tarder non plus à ne pas avoir d'appartement. Lui restera son compte Facebook qu'il ira consulter en traînant dans les Apple Store. Pour garder le contact avec ses amis ou anciennes connaissances, susceptibles de lui déplier un bout de canapé si le contact se noue. La mort d'Alex, star connue du rock, avec qui il jouait avant, va précipiter les événements. On lui court après. Les anciens amis communs se remémorent le beau gosse, le chanteur doué et séduisant, adulé ou détesté, toxico jusqu'à la moëlle, mort, comme tout rocker qui se respecte, dans la baignoire d'un hôtel.

    Ici les ex-stars du porno sont en prise avec des enfants en voie de radicalisation, les scénaristes réac doivent faire face à la mort de leur chienne, les mères inconsolables scrutent les pupilles des enfants, les trans sont les plus séduisantes des femmes, les vendeurs d'H et M le jour se transforment en brutes fascistes la nuit. Et Vernon, lui, n'a plus rien, mais a conservé l'essentiel : le bon vieux rock qui le fait tenir est là, sur son ipod. Comme une dernière passerelle entre le monde d'avant et celui d'aujourd'hui.

    Cinglant, drôle, trash, préoccupant, rythmé, mystérieux, ce premier tome de Vernon Subutex attire irrésistiblement vers le deuxième.

    Vernon Subutex, Virginie Despentes (France). Le livre de poche. 432 pages. 7, 90 €

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  • Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong

    famille,mensonges,accident,culpabilité,règlements de compteMilo a douze ans. En faisant la course à vélo avec sa tante Marguerite, il dérape et s'effondre. Et avec lui toute la famille, ses non-dits, ses mensonges, ses tensions. Tandis que l'inquiétude dévaste ses proches, une vague de fond venue des profondeurs de leurs relations s'abat sur chacun d'entre eux. Elle ne fait pas dans le détail, les ravages sont conséquents. C'est l'heure des comptes et l'addition est salée.

    La culpabilité grignote Marguerite pout commencer, mais attaque progressivement Céleste et Lino, les parents de Milo. Pour d'autres raisons, à cause d'autres drames qui reprennent vie avec cette chute. Jeanne, la grand-mère, va aussi devoir éclaircir bien des points qu'elle pensait acquis. Pendant ce temps, Lino stagne ou progresse dans sa convalescence, éponge plus que sensible aux tensions qui l'environnent.

    Le personnage trouble de Marguerite n'est pas sans rappeler Mina, la jeune fille en perte de repères de L'Ardoise Magique. Comme ces produits chimiques totalement neutres quand ils sont utilisés seuls, et activateurs au contact d'autres éléments, Marguerite est un révélateur, un élément déclencheur.

    Pardonnable, Impardonnable, Valérie Tong Cuong (France). J'ai lu. 313 pages. 7, 50 €

    A lire aussi, de la même auteure :L'Atelier des Miracles.

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  • L'amour et les forêts, Eric Reinhardt

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    Avec L'amour et les forêts, on tient entre les mains un de ces romans avec lesquels il devient rapidement insupportable de ne pas connaître la part de réel et de fiction (sentiment rappelant un peu La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon). Parce qu'il s'agit d'un auteur, prénommé Eric, qui rencontre une des ses lectrices, évidemment, le texte a un sérieux goût de récit "tiré d'une histoire vraie". Mais le pacte n'est pas établi explicitement avec le lecteur, alors on doute, on s'interroge. Avant, finalement, de se laisser aller.

    Cette lectrice, c'est Bénédicte Ombredanne. Une femme d'une quarantaine d'années. Avec Eric, ils se rencontrent à la terrasse d'un café pour parler de son dernier livre. Mais rapidement, Bénédicte va être amenée, encouragée par Eric, à parler d'elle, de sa vie. Le romancier découvre alors le cauchemar conjugal d'une femme harcelée par son mari, dans tous les détails du quotidien, en continu. Plus tard, des interruptions dans leur correspondance éléctronique feront planer des inquiétudes légitimes sur le quotidien de la jeune femme.

    Humiliée, dénigrée, Bénédicte Ombredanne trouve pourtant en elle un jour le courage de vivre un peu pour elle, de se préoccuper de son bonheur. Elle se branche sur Meetic et rencontre un homme. Il lui fait vivre le frisson, le vrai. Elle passera le reste de sa vie à en payer le prix.

    Difficile de ne pas penser à Anna Karénine ou Madame Bovary, héroïnes au destin tragique, à la lecture de ce roman, qui fait planer sur lui l'ombre mystérieuse de Villiers de l'Isle Adam. Avec un style un peu surranné, l'emploi d'un vouvoiement surgi d'un autre siècle, une élégance constante, Eric Reinhardt réussit un conte moderne, onirique et on ne peut plus réaliste, où Bénédicte apparaît comme une icône.

    L'amour et les forêts, Eric Reinhardt. Folio. 416 pages. 8, 20 €

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  • Une histoire de sable, Benjamin Desmares

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    Jeanne, 16 ans, fille unique, part s'enterrer avec ses parents geeks à la mer pendant une semaine de vacances en plein février. Ambiance sinistre, maisons fermées, commerces vidés à la hâte en attendant la saison prochaine : il y a tout pour déplaire à une ado. Sans parler du vent. Et du sable. Ce sable qui s'infiltre partout. Tellement présent qu'on pourrait le compter. D'ailleurs, c'est ce qu'elle va faire, Jeanne, compter les grains de sable pour que les journées s'écoulent plus vite.

    Heureusement, rapidement, Jeanne rencontre deux garçons. Ils sont étranges, Bruno et Alain, les deux frères, avec leurs coupes au bol et leurs survêts flashys. Mais au moins, ils sont là. C'est toujours mieux que la mémé à vélo qui ne parle jamais mais dont tout le monde parle, en prenant soin de baisser le ton. Mieux aussi que le PMU où on ne sert que du thé pas terrible et où tout le monde parle d'histoires du coin auxquelles elle ne comprend rien. Mieux que le chat, qu'il a fallu traîner en vacances et qui miaule faux. C'est surtout mieux que ses parents, qui ont le don de l'exaspérer rien qu'en respirant.

    Jeanne, Bruno, Alain. Ils passent des heures assis sur le perron d'une maison originale, à moitié engloutie sous des tonnes de sable. Ils parlent et se taisent. Et puis un jour, entre Jeanne et Bruno, la relation évolue. Et les mystères s'épaississent.

    Une histoire de sable est un roman qui prend son lecteur par la main et l'emmène dans une zone inconnue, où il ne pensait pas atterrir en ouvrant la première page. Un joli portrait d'ado, écartelée entre des sentiments contradictoires, ultra-réactive. Un hymne à la "morte-saison" qui offre tous les possibles à l'imagination et une ambiance incomparable. Une nostalgie des années rubik's cube et des posters délavés d'E.T. Et une invitation à se laisser surprendre.

    Une histoire de sable, Benjamin Desmares.

    Editions du Rouergue, collection doado. 134 pages. 10, 70 €

    Catégories : Littérature Française, Littérature jeunesse 0 commentaire
  • Le dernier gardien d'Ellis Island, Gaëlle Josse

    ellis island, migrationQuand, il y a quelques années, Gaëlle Josse a arpenté les couloirs d'Ellis Island, elle a été happée par les regards qui habitaient les murs. Ces regards de migrants, photographiés au cours des années dans cette antichambre de la vie américaine, du possible futur en terre de liberté et de prospérité. Car avant de devenir -peut-être- un Américain libre, il fallait subir l'expectative, l'humiliation du "tri", l'isolement, le déracinement sur cet îlot.

    Nous sommes en 1954, et la fermeture du centre est programmée dans quelques jours. John Mitchell est le dernier responsable du site, et avant d'en rendre les clés, il s'impose un bilan. S'y rencontrent des ombres errantes, des amours, des regrets, la domination des rapports humains.

    Nul doute que le lieu campe un véritable personnage dans ce roman d'ambiance.

    Le dernier gardien d'Ellis Island, Gaëlle Josse (France). Le livre de poche. 6 €

    A découvrir aussi, du même auteur : Nos vies désaccordées ; Noces de neige.

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  • Tout doit disparaître !

    Janvier, les soldes. Scènes d'euphorie collective irrationnelle ou achats mûrement réfléchis, difficile d'échapper à la tentation des bonnes affaires. L'univers commercial n'échappe pas à l'observation par les écrivains. Voici trois idées de lecture de saison. (Mais inutile de s'alarmer pour vos achats de bons romans : le prix du livre est fixe en France, invariable selon les points de vente et les époques de l'année !)

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    Catégories : Littérature Française, Textes 2 commentaires
  • Des impatientes, Sylvain Pattieu

    Sylvain Pattieu.jpgAlima l'appliquée, Bintou l'indomptable, leur prof déprimé et tous les événements qui font le quotidien d'un lycée de banlieue parisienne : voilà pour le décor de ce roman de Sylvain Pattieu. Au gré des retards, des prises de becs, des heurts et des affinités, ça se passe bon an mal an, mais ça se passe. Jusqu'au jour où une embrouille improbable mène les deux filles à un crêpage de chignon aux conséquences fâcheuses : leur prof est blessé. Conseil de discipline. Renvoi.

    Bienvenue dans une autre vie, changement de décor, les grilles du lycée sont remplacées par la pointeuse de Décora, le magasin d'ameublement dans lequel les deux filles se retrouvent caissières. La grande gueule de Bintou et la finesse d'Alima va les rapprocher dans cet environnement nouveau. Observées par un vigile timide et amoureux, elles réinventent la lutte des classes sans en connaître aucun code. Mais le moins qu'on puisse dire, c'est que ça déménage. Gros coup de jeune sur le syndicalisme !

    Roman choral frais, Des impatientes offre un regard décapant et pétillant sur la banlieue, les relations entre les générations, les codes sociaux et la vie de l'entreprise. 

    Des impatientes, Sylvain Pattieu (France). Babel. 265 pages. 8 €

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