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Littérature Française - Page 5

  • Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce, Lola Lafon

    002912037.jpgEmilienne et la narratrice sont des amies, des vraies. Elles partagent la même expérience de la vie, qui semble les souder à jamais, sans que cela ait besoin d'être formulé. Elles sont jeunes. Rien ne prédispose donc Emilienne à s'effondrer en pleine journée, en buvant un chocolat chaud dans un bistrot avec le jeune garçon étranger qu'elle aide à faire ses devoirs. Le coeur bat. Et puis il s'arrête. Comme ça.

    Black out, réanimation, espoirs, doutes, guérison, opération, inquiétude : les phases se succèdent, l'expectative demeure. La narratrice est là, fidèle, au chevet de son amie. Au gré des visites à l'hopital, elle continue à vivre et rencontre un autre "oiseau" sauvage, une jeune fille énigmatique qui elle aussi dévore à la chaine les séances de Ciné-Club. 

    Chacune des trois jeunes femmes est une ligne brisée. Elles se rencontrent, s'entrechoquent, portant des fardeaux lourds et qui font d'elles des personnes sans concession. Pas de paix sans justice. Elles n'ont pas eu de justice, elles cherchent donc leur paix, chacune à sa façon.

    Plongée dans un univers, une ambiance, une révolte permanente où le rapport entre norme et vertu est bien loin d'être évident. Un roman comme un gros coup de gueule, une colère qui bout, une promesse d'intranquillité pour les bourreaux en tous genres.

    Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce, Lola Lafon (France). Babel. 432 pages. 9, 70 €

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  • Tout cela n'a rien à voir avec moi, Monica Sabolo

    amour, journal, ruptureA première vue, c'est un roman. A y regarder de plus près, c'est un journal intime agrémenté de notes, de sms, de photos, de souvenirs d'enfance, d'ordonnances, de dvd. A première vue, c'est Le journal de Bridget Jones. A y regarder de plus près, ce sont Les fragments d'un discours amoureux. A première vue, c'est drôle. A y regarder de plus près c'est un peu désespéré. Mais enfin, qu'est ce que cet objet étrange intitulé Tout cela n'a rien à voir avec moi

     Et bien, c'est un roman patchwork, une mosaïque à la Gaudi qui tente de recenser les différents états de la vie amoureuse, entre espoir et chute vertigineuse. C'est le Je vis, je meurs de Louise Labé 5 siècles plus tard. Tout cela n'a rien à voir avec moi arrache de nombreux sourires, mais sait faire tomber des couperets saisissants au moment où l'on s'y attend le moins. Etonnant.

    Tout cela n'a rien à voir avec moi, Monica Sabolo (France). Pocket. 156 pages. 6, 90 €

    Ce roman a obtenu le Prix de Flore en 2013.

     

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  • Un homme, ça ne pleure pas, Faïza Guène

    famille, émancipation, relationsS'émanciper : "s'affranchir d'une tutelle, d'une sujétion, de servitudes", nous révèle le Robert. Nulle mention de la famille dans cette définition. C'est de cette émancipation-là dont choisit quant à elle de nous parler Faïza Guène. Car il est bien question de cordons ombilicaux à rompre dans Un homme, ça ne pleure pas.

    Mais en l'absence de mode d'emploi, les différents membres d'une même fratrie adoptent des attitudes bien différentes. Dounia, la soeur rebelle et ambitieuse, utilise la réussite professionnelle et embrasse la carrière politique pour trouver le courage de rompre les ponts avec une famille traditionnelle, une mère protectrice à l'excès. Mina, garante des institutions familiales, s'illustre par son conservatisme, tandis que Mourad, le narrateur, navigue entre culpabilité et désir de changement. Au dessus de cette mêlée incontrôlable, le "Padre" assume son rôle : rappeler qu'un homme "ça ne pleure pas". Pendant ce temps, la mère règne sur son petit monde, avec force démonstrations d'affection et kilos de sucres. Tel un satellite fou, Miloud, le cousin improbable, brouille tous les repères. 

    Ceux qui ont découvert la verve de Faïza Guène dans Kiffe kiffe demain ne seront pas déçus : son syle percutant, drôle et émouvant n'a fait que s'amplifier. Le ton sonne juste. C'est frais, c'est élégant, vraisemblable et poétique. 

    Un homme, ça ne pleure pas, Faïza Guène (France).

    Le Livre de Poche. 260 pages. 6, 60 €

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  • Avoir un corps, Brigitte Giraud


    003285125.jpgMener un travail autobiographique par l'angle exclusif du corps, ses évolutions, ses déchirements, ses cicatrices, ses résurrections : voilà l'enjeu audacieux de ce roman. Périlleux, même, pourrait-on croire à la lecture des premières pages. Et puis petit à petit, on se rend compte que non, car finalement, quel meilleur témoin des vies que ces enveloppes charnelles, invisibles, douloureuses, gratifiantes ou inquiétantes ?

    Estomacs noués, ongles rongés, cheveux ternes, rides du lion, mollets musclés, mains rougies ou manucurées, piercings, tatouages, voix chargée de tabac, ligne impeccable, maigreur extrême parlent de nous et malgré nous, sans mensonge ni faux-semblant.

    Avec Avoir un corps, Brigitte Giraud signe un roman original, ambitieux et réussi.

    Avoir un corps, Brigitte Giraud (France). J'ai lu. 224 pages. 6, 90 €

    Quand le corps se détache de l'esprit : A Suspicious River, Laura Kasischke.

    Quand l'esprit protège le corps : L'Ardoise magique, de Valérie Tuong Cong.

    Quand le corps nous trahit : Dieu surfe en pays basque, Harold Cobert.

    Quand l'adolescent ne sait pas quoi faire de son corps : La blessure, la vraie, François Bégaudeau

    Quand le corps ne répond plus : Patients, Grand Corps Malade.

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  • Kinderzimmer, Valentine Goby

    Je voulais le lire depuis des mois. Il était là, il m'attendait, bien en haut de la pile. J'avais adoré Banquisesaimé en apprendre plus sur les méthodes de travail de Valentine Goby, basées sur l'immersion, l'investissement total.  Et puis Kinderzimmer, tout le monde en parlait. Mais plonger le temps d'une lecture dans l'enfer de Ravensbrück, ce n'est pas une mince affaire. J'ai donc tourné autour de longs mois avant d'oser lire les premières lignes.

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  • Patients, Grand Corps Malade

    téléchargement.jpgOn connaît le bonhomme et sa silhouette bancale. Ses textes fins et sa voix fantomatique. On le connaît derrière un micro, aimé ou brocardé, auteur de textes courts et percutants. Le voilà aux commandes d'un format différent : 165 pages de retour sur soi, de confessions, de révélations intimes sur une exprérience fondatrice : l'accident, l'hospitalisation, le handicap, la rééducation. La découverte brutale et complètement inattendue, à 19 ans, d'un monde dont les valides ne connaissent que les contours, les parties émergées.

    C'est l'autre face de la question que Grand Corps Malade veut ici mettre à jour. Le handicap, ça peut être un fauteuil, certes, mais c'est aussi une liste incroyablement longue de contraintes, de situations où la dignité est mise à mal, de dépendance jusque dans les fonctions corporelles les plus primaires, de questions existentielles sur soi et son rapport aux autres. Le centre de rééducation, tel que le décrit Grand Corps Malade, c'est un lieu où règne la solidarité, souvent, mais aussi une certaine hiérarchie assez cruelle, établie tacitement sur l'observation de la diminution des uns et des autres. Des rapports cordiaux avec le personnel soignant, et parfois de l'exaspération.

    On en apprend donc beaucoup dans Patients. Mais pas n'importe comment : la plume de Fabien Marsaud est vive. Elle ne passe pas par quatre chemins et sait susciter des émotions fortes et diverses. On trouvera beaucoup d'humour et d'éclats de rire, donc, au fil des pages, mais les larmes ne sont jamais très loin non plus. Le plaisir de la lecture est en tous cas évident, car le style et l'observaton fine des situations et des personnes se rencontrent de façon extrêmement efficace.

    Patients, Grand Corps Malade (France). Points. 165 pages. 5, 70 €.


    Chanter et écrire : Y revenir, de Dominique A.

     

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  • Sombre dimanche, Alice Zeniter

    hongrieC'est une petite maison en bois, à Budapest, au bord des rails, avec un jardin triangulaire. Il y a le bruit des trains, les déchets des passagers qui flottent dans l'atmosphère, et le rideau de fer, qui, de toute manière, enferme ses habitants en Hongrie. Alors ici ou plus loin, la famille Mandy ne se pose pas vraiment la question. C'est là qu'elle vit, de génération en génération. 

    Et dans cette maison, avec ses habitants, vit aussi l'histoire récente du pays, l'occupation allemande, celle de l'Armée Rouge, à l'époque des grands-parents. Avec ses traces indélébiles qui traversent les âges et dont le grand-père ne se débarrassera jamais. L'ouverture à l'ouest pour le jeune Imre et sa soeur après la chute du bloc de l'est. Un Français sera l'amant de l'une, une Allemande la femme de l'autre, comme un fantasme de liberté incarné. Avec ses ratés. Toujours dans ou autour de la petite maison de bois, dans son atmosphère viciée.

    Imre sera celui qui rompt le sortilège de la maison en bois. Cette maison qui semble condamner les femmes de sa famille. Il proposera un ailleurs, à son père aux origines floues, à sa soeur amochée. Et à lui-même, victime trahie de l'ouverture du rideau de fer.

    Si ce roman d'Alice Zeniter s'avère sombre, comme promis, il n'en est pas moins poétique. La banalité des existences y cache le rouleau compresseur de l'Histoire et la chape de plomb du secret.

    Sombre dimanche, Alice Zeniter (France). Le livre de poche.

    264 pages. 6, 90 €

    A découvrir aussi, écrit par Alice Zeniter : Jusque dans nos bras. Alice et Mad, deux amis d'enfance à Paris, dans les années 2000, ou comment faire un mariage blanc par amitié.  

    Sur les anciens pays du bloc de l'Est : Les vaches de Staline, de Sofi Oksanen ; Un verre de lait, s'il vous plait, de Herbjorg Wassmo ; Quand la lumière décline, Eugen Ruge.

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