Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Littérature Française - Page 5

  • Kinderzimmer, Valentine Goby

    Je voulais le lire depuis des mois. Il était là, il m'attendait, bien en haut de la pile. J'avais adoré Banquisesaimé en apprendre plus sur les méthodes de travail de Valentine Goby, basées sur l'immersion, l'investissement total.  Et puis Kinderzimmer, tout le monde en parlait. Mais plonger le temps d'une lecture dans l'enfer de Ravensbrück, ce n'est pas une mince affaire. J'ai donc tourné autour de longs mois avant d'oser lire les premières lignes.

    Lire la suite

    Catégories : Littérature Française 2 commentaires
  • Patients, Grand Corps Malade

    téléchargement.jpgOn connaît le bonhomme et sa silhouette bancale. Ses textes fins et sa voix fantomatique. On le connaît derrière un micro, aimé ou brocardé, auteur de textes courts et percutants. Le voilà aux commandes d'un format différent : 165 pages de retour sur soi, de confessions, de révélations intimes sur une exprérience fondatrice : l'accident, l'hospitalisation, le handicap, la rééducation. La découverte brutale et complètement inattendue, à 19 ans, d'un monde dont les valides ne connaissent que les contours, les parties émergées.

    C'est l'autre face de la question que Grand Corps Malade veut ici mettre à jour. Le handicap, ça peut être un fauteuil, certes, mais c'est aussi une liste incroyablement longue de contraintes, de situations où la dignité est mise à mal, de dépendance jusque dans les fonctions corporelles les plus primaires, de questions existentielles sur soi et son rapport aux autres. Le centre de rééducation, tel que le décrit Grand Corps Malade, c'est un lieu où règne la solidarité, souvent, mais aussi une certaine hiérarchie assez cruelle, établie tacitement sur l'observation de la diminution des uns et des autres. Des rapports cordiaux avec le personnel soignant, et parfois de l'exaspération.

    On en apprend donc beaucoup dans Patients. Mais pas n'importe comment : la plume de Fabien Marsaud est vive. Elle ne passe pas par quatre chemins et sait susciter des émotions fortes et diverses. On trouvera beaucoup d'humour et d'éclats de rire, donc, au fil des pages, mais les larmes ne sont jamais très loin non plus. Le plaisir de la lecture est en tous cas évident, car le style et l'observaton fine des situations et des personnes se rencontrent de façon extrêmement efficace.

    Patients, Grand Corps Malade (France). Points. 165 pages. 5, 70 €.


    Chanter et écrire : Y revenir, de Dominique A.

     

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • Sombre dimanche, Alice Zeniter

    hongrieC'est une petite maison en bois, à Budapest, au bord des rails, avec un jardin triangulaire. Il y a le bruit des trains, les déchets des passagers qui flottent dans l'atmosphère, et le rideau de fer, qui, de toute manière, enferme ses habitants en Hongrie. Alors ici ou plus loin, la famille Mandy ne se pose pas vraiment la question. C'est là qu'elle vit, de génération en génération. 

    Et dans cette maison, avec ses habitants, vit aussi l'histoire récente du pays, l'occupation allemande, celle de l'Armée Rouge, à l'époque des grands-parents. Avec ses traces indélébiles qui traversent les âges et dont le grand-père ne se débarrassera jamais. L'ouverture à l'ouest pour le jeune Imre et sa soeur après la chute du bloc de l'est. Un Français sera l'amant de l'une, une Allemande la femme de l'autre, comme un fantasme de liberté incarné. Avec ses ratés. Toujours dans ou autour de la petite maison de bois, dans son atmosphère viciée.

    Imre sera celui qui rompt le sortilège de la maison en bois. Cette maison qui semble condamner les femmes de sa famille. Il proposera un ailleurs, à son père aux origines floues, à sa soeur amochée. Et à lui-même, victime trahie de l'ouverture du rideau de fer.

    Si ce roman d'Alice Zeniter s'avère sombre, comme promis, il n'en est pas moins poétique. La banalité des existences y cache le rouleau compresseur de l'Histoire et la chape de plomb du secret.

    Sombre dimanche, Alice Zeniter (France). Le livre de poche.

    264 pages. 6, 90 €

    A découvrir aussi, écrit par Alice Zeniter : Jusque dans nos bras. Alice et Mad, deux amis d'enfance à Paris, dans les années 2000, ou comment faire un mariage blanc par amitié.  

    Sur les anciens pays du bloc de l'Est : Les vaches de Staline, de Sofi Oksanen ; Un verre de lait, s'il vous plait, de Herbjorg Wassmo ; Quand la lumière décline, Eugen Ruge.

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • La maison atlantique, Philippe Besson

    003252965.jpgLa phrase de dédicace de ce roman a le mérite d'être claire "A mon père, qui, lui, fut un homme admirable". Philippe Besson annonce, en creux, la couleur quant au père de son roman : lâche, fourbe, manipulateur, traître... Le lecteur pourra lui attribuer bien des défauts. Et ce avant même d'avoir débuté le premier chapitre. Et ne sera pas déçu.

    Dès le début, aussi, le drame est annoncé, prévu. La narration, effectuée par le fils adolescent, est posée en témoin a-posteriori d'un drame inévitable. Reste à savoir comment, pourquoi, quand il va se produire et de quelle nature il sera. La tension est progressive, minutieuse, et le lecteur se ressent dès les premières lignes comme un confident privilégié. Cette tension dramatique s'oppose au cadre idyllique de vacances estivales, entre plage de l'Atlantique et parties de tennis.

    Le fils épie son père l'air de rien et attend le faux pas de trop. Ce prédateur séducteur lorgne sur la voisine, une jeune femme mariée à un homme sympathique. Il s'en accapare au cours des diners sur la terrasse, à la lueur vacillante des bougies. Va s'assurer de sa complète disponibilité, la vampiriser. Parce qu'il a l'habitude que rien ne lui résiste. Jamais.

    Philippe Besson nous a habitués à désamorcer d'emblée les suspenses finaux (Une bonne raison de se tuer) pour se concentrer sur les processus. Il y parvient avec brio cette fois encore, en resserant cette fois l'étau autour du lecteur.

    La maison atlantique, Philippe Besson (France). 10/18. 176 pages.

    7, 10 €

    A découvrir aussi sur ce blog: De là, on voit la mer.

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • L'invention de nos vies, Karine Tuil

    mensonges, avocat, usa, terrorisme, coupleDe l'opportunisme à la mystification, il n'y aurait qu'un pas ? Sans doute, à en croire l'expérience de Samir, personnage tragique de ce roman. Il a suffi qu'un jour, au moment où sa carrière d'avocat pouvait décoller ou stagner à tout jamais, un malentendu naisse autour de son identité, de ses origines. Il a suffi qu'il se taise. Non pas qu'il mente, mais qu'il laisse dire. Et puis un jour, il a été trop tard pour faire machine arrière. Toute sa vie avait pris sens autour de ce mensonge originel, dans le confort et le succès d'une vie New-Yorkaise inespérée. Il était devenu Sam. De musulman, il était devenu juif, en empruntant des pans entiers de l'histoire véritable de Samuel, son ami d'enfance. Pour ce dernier, aux proies aux tourments de l'auto-dénigrement et de la spirale de l'échec, qui découvre de Paris l'ascencion fulgurante et les mensonges éhontés de Samir, bien des comptes sont à régler. Au centre desquels règne la splendide Nina, objet d'amour, de convoitise et de domination pour les deux hommes.

    Et le basculement survient. Le moment où toutes les cartes sont redistribuées, où le passé s'amuse, où toute tentative de contrôle est vaine. Al Qaïda, Guantanamo, succès littéraire font alors leur apparition comme des invités de dernière minute, incongrus et perturbants.

    Karine Tuil a su cacher plusieurs romans dans L'invention de nos vies. Celui du mensonge, de l'identité, de la honte d'abord. Puis celui du suspense, de la machinerie judiciaire, de la désolation, de l'enfermement dans ses propres pièges. Avec toujours une neutralité de jugement à l'égard des personnages. 

    Un excellent moment de lecture.

    L'invention de nos vies, Karine Tuil (France). Le Livre de Poche.

    504 pages. 7, 90 €

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • Une part de ciel, Claudie Gallay

    montagne, culpabilité, fratrie, familleS'allonger sur un nuage, saisir le vent, parler à un courant d'air, conserver contre soi une boule de neige en souvenir, attraper une part de ciel... Autant d'idées poétiques, de promesses de bien-être difficiles à atteindre. Pourtant, tous les personnages de ce roman ont un projet de ce genre : retrouver un père en perpétuel voyage, saisir un mari fugitif, ouvrir une piste de randonnée sur les traces des éléphants d'Hannibal, réaliser des séries de photographies étranges, fabriquer des pinceaux en poils d'écureuil, faire taire les souvenirs enfouis sous la glace...

    Ouvrir ce roman, c'est se préparer à attendre avec les personnages, bloqué en plein décembre dans un village de montagne. Pour Carole, qui revient pour quelques semaines auprès de son frère et de sa soeur, c'est le moment de poser les valises, de laisser les souvenirs et la culpabilité enfouis resurgir, de s'observer. Mais aussi de prendre le temps de la conversation avec un charmant vieillard, de prendre soin d'une soeur au caractère bien trempé, d'observer intriguée un amour de jeunesse.

    Comme souvent chez Claudie Gallay (Les déferlantes, L'amour est une île, Seule Venise, Dans l'or du temps...), le lieu en lui-même est déjà un personnage, sans qui tout aurait une coloration différente. Comme souvent aussi, l'ambiance compte autant que les événements.

    Une part de ciel à déposer, avec douceur et poésie, entre toutes les mains.

    Une part de ciel, Claudie Gallay (France). Babel. 480 pages. 9, 90 €

    Ambiance de retrait du monde et de séjour à la montagne : lisez le très beau roman Quand la nuit, de Cristina Comencini

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire
  • Noces de neige, Gaëlle Josse

    train,russie, internet, rencontreUn trajet aller, un trajet retour. L'un en 2012, l'autre en 1881. C'est à bord du train Riviera Express, qui relie Nice à Saint-Pétersbourg. Au 19ème siècle, il permettait aux riches familles russes de venir passer l'hiver dans la douceur de la Côte d'Azur. Les fêtes se succédaient alors sans faiblir. En 2012, au départ de Saint-Pétersbourg,  il transporte des touristes "appareils photos vissés sur le ventre", et parfois des jeunes femmes comme Irina, venues rencontrer leur fiancé français d'internet, la boule au ventre et des questions plein la tête.

    Chapître après chapître, Gaëlle Josse entraîne le lecteur dans deux ambiances distinctes : d'un côté le charme et la distinction de la noblesse russe du 19ème siècle, teinté d'une violence extrême dans les sentiments. De l'autre, les questionnements insolubles d'une époque rythmée par des rencontres virtuelles et par le souci constant de sortir de la misère. En filigrane de ces deux époques en apparence si éloignées apparaît pourtant la même trame, faite de solitude, de sentiments, et d'une certaine forme de hasard...

    Noces de neige, Gaëlle Josse (France). J'ai lu. 123 pages. 6, 50 €

    A lire également sur ce blog, un entretien avec Gaëlle Josse sur l'écriture de Noces de neige, et une chronique sur le roman Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse.

    Tentés par les voyages en train littéraires ? Lisez aussi  06 h 41, de Jean-Philippe Blondel, ou relisez bien sûr Le Crime de l'Orient-Express, d'Agatha Christie.

     

    Catégories : Littérature Française 0 commentaire