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  • Patients, Grand Corps Malade

    téléchargement.jpgOn connaît le bonhomme et sa silhouette bancale. Ses textes fins et sa voix fantomatique. On le connaît derrière un micro, aimé ou brocardé, auteur de textes courts et percutants. Le voilà aux commandes d'un format différent : 165 pages de retour sur soi, de confessions, de révélations intimes sur une exprérience fondatrice : l'accident, l'hospitalisation, le handicap, la rééducation. La découverte brutale et complètement inattendue, à 19 ans, d'un monde dont les valides ne connaissent que les contours, les parties émergées.

    C'est l'autre face de la question que Grand Corps Malade veut ici mettre à jour. Le handicap, ça peut être un fauteuil, certes, mais c'est aussi une liste incroyablement longue de contraintes, de situations où la dignité est mise à mal, de dépendance jusque dans les fonctions corporelles les plus primaires, de questions existentielles sur soi et son rapport aux autres. Le centre de rééducation, tel que le décrit Grand Corps Malade, c'est un lieu où règne la solidarité, souvent, mais aussi une certaine hiérarchie assez cruelle, établie tacitement sur l'observation de la diminution des uns et des autres. Des rapports cordiaux avec le personnel soignant, et parfois de l'exaspération.

    On en apprend donc beaucoup dans Patients. Mais pas n'importe comment : la plume de Fabien Marsaud est vive. Elle ne passe pas par quatre chemins et sait susciter des émotions fortes et diverses. On trouvera beaucoup d'humour et d'éclats de rire, donc, au fil des pages, mais les larmes ne sont jamais très loin non plus. Le plaisir de la lecture est en tous cas évident, car le style et l'observaton fine des situations et des personnes se rencontrent de façon extrêmement efficace.

    Patients, Grand Corps Malade (France). Points. 165 pages. 5, 70 €.


    Chanter et écrire : Y revenir, de Dominique A.

     

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  • Sombre dimanche, Alice Zeniter

    hongrieC'est une petite maison en bois, à Budapest, au bord des rails, avec un jardin triangulaire. Il y a le bruit des trains, les déchets des passagers qui flottent dans l'atmosphère, et le rideau de fer, qui, de toute manière, enferme ses habitants en Hongrie. Alors ici ou plus loin, la famille Mandy ne se pose pas vraiment la question. C'est là qu'elle vit, de génération en génération. 

    Et dans cette maison, avec ses habitants, vit aussi l'histoire récente du pays, l'occupation allemande, celle de l'Armée Rouge, à l'époque des grands-parents. Avec ses traces indélébiles qui traversent les âges et dont le grand-père ne se débarrassera jamais. L'ouverture à l'ouest pour le jeune Imre et sa soeur après la chute du bloc de l'est. Un Français sera l'amant de l'une, une Allemande la femme de l'autre, comme un fantasme de liberté incarné. Avec ses ratés. Toujours dans ou autour de la petite maison de bois, dans son atmosphère viciée.

    Imre sera celui qui rompt le sortilège de la maison en bois. Cette maison qui semble condamner les femmes de sa famille. Il proposera un ailleurs, à son père aux origines floues, à sa soeur amochée. Et à lui-même, victime trahie de l'ouverture du rideau de fer.

    Si ce roman d'Alice Zeniter s'avère sombre, comme promis, il n'en est pas moins poétique. La banalité des existences y cache le rouleau compresseur de l'Histoire et la chape de plomb du secret.

    Sombre dimanche, Alice Zeniter (France). Le livre de poche.

    264 pages. 6, 90 €

    A découvrir aussi, écrit par Alice Zeniter : Jusque dans nos bras. Alice et Mad, deux amis d'enfance à Paris, dans les années 2000, ou comment faire un mariage blanc par amitié.  

    Sur les anciens pays du bloc de l'Est : Les vaches de Staline, de Sofi Oksanen ; Un verre de lait, s'il vous plait, de Herbjorg Wassmo ; Quand la lumière décline, Eugen Ruge.

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  • La maison atlantique, Philippe Besson

    003252965.jpgLa phrase de dédicace de ce roman a le mérite d'être claire "A mon père, qui, lui, fut un homme admirable". Philippe Besson annonce, en creux, la couleur quant au père de son roman : lâche, fourbe, manipulateur, traître... Le lecteur pourra lui attribuer bien des défauts. Et ce avant même d'avoir débuté le premier chapitre. Et ne sera pas déçu.

    Dès le début, aussi, le drame est annoncé, prévu. La narration, effectuée par le fils adolescent, est posée en témoin a-posteriori d'un drame inévitable. Reste à savoir comment, pourquoi, quand il va se produire et de quelle nature il sera. La tension est progressive, minutieuse, et le lecteur se ressent dès les premières lignes comme un confident privilégié. Cette tension dramatique s'oppose au cadre idyllique de vacances estivales, entre plage de l'Atlantique et parties de tennis.

    Le fils épie son père l'air de rien et attend le faux pas de trop. Ce prédateur séducteur lorgne sur la voisine, une jeune femme mariée à un homme sympathique. Il s'en accapare au cours des diners sur la terrasse, à la lueur vacillante des bougies. Va s'assurer de sa complète disponibilité, la vampiriser. Parce qu'il a l'habitude que rien ne lui résiste. Jamais.

    Philippe Besson nous a habitués à désamorcer d'emblée les suspenses finaux (Une bonne raison de se tuer) pour se concentrer sur les processus. Il y parvient avec brio cette fois encore, en resserant cette fois l'étau autour du lecteur.

    La maison atlantique, Philippe Besson (France). 10/18. 176 pages.

    7, 10 €

    A découvrir aussi sur ce blog: De là, on voit la mer.

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